Cequ’il y a de certain, c’est que c’est la première fois que j’aperçois ce drôle de bonhomme, trapu, à cou de taureau, au front bas qui glisse le long des murs comme s’il avait honte de respirer l’air de tout le monde. Il est coiffé d’une casquette ronde sans visière, vêtu d’un costume informe que l’on dirait taillé dans un sac.
Cannes AFP – Des plateaux de films X à l'amphithéâtre d'une fac, "la banalité du sexisme est la même" partout c'est ce que montre la réalisatrice Ovidie dans sa série "Des gens bien ordinaires", dystopie qui inverse les genres en donnant le pouvoir aux femmes. Les deux premiers épisodes de cette "création décalée" de Canal+, qui en compte huit de 9 à 17 minutes, ont été dévoilés en avant-première au festival Canneseries, avant une diffusion "fin mai début juin", a annoncé son autrice lors d'une y suit Romain Jérémy Gillet, vu dans "Mytho", étudiant en sociologie qui entame, à la fin des années 90, une carrière dans le porno. Pensant y trouver une voie d'émancipation, ce rebelle de 18 ans découvre un milieu finalement "ordinaire" et se retrouve victime de sa notoriété soudaine. "Le porno, c'est un suicide social", explique Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice de films X."Ca fait 22 ans que ça ne me concerne plus et on me pose encore des questions là-dessus". Comme le court-métrage qui l'a précédé en 2020, "Un jour bien ordinaire", la série repose sur un "principe d'inversion des genres et des rapports de pouvoir", relate cette titulaire d'un doctorat de lettres et autrice de documentaires, BD, podcasts ou encore d'une websérie animée pour Arte sur les questions féministes et dont le père a arrêté de travailler pour élever ses enfants, découvre ainsi une industrie du X gérée par des femmes, se fait lorgner "par une mémé dans le bus" ou vit une relation toxique avec une femme plus permutation censée "créer une légère sensation de malaise, qui nous amène à nous questionner", selon Ovidie. "Si j'avais choisi un personnage féminin de 18 ans en couple avec un mec de 32 ans qui est jeune prof, on l'aurait à peine relever, alors que là ça passe moins".Pas la peine de "représenter des violences" à l'écran. "La banalité du sexisme se suffit à elle-même". Et celle "que Romain rencontre sur les tournages pornos est exactement la même qu'avec ses parents, ses profs, sa compagne", insiste Ovidie auprès de l'AFP. "Pas une autofiction""Reflet exacerbé de ce qui se passe dans la société en général", le milieu du porno est pour elle mal représenté dans l'audiovisuel, "toujours à côté de la plaque", du film "Boogie Nights" au documentaire "Hot Girls Wanted" en passant par la série "Hard". "On a l'impression de se promener dans un zoo humain".Inspirée d'histoires réelles, sa série propose un "point de vue situé", à défaut d'être une "autofiction", malgré des points commun entre Romain et Ovidie, qui s'est lancée dans le porno pendant ses études de préfère ainsi montrer, plutôt qu'une "éjaculation faciale", une "réalisatrice épuisée qui fait des films d'entreprise à côté", incarnée par Romane Bohringer, ou des "techniciennes qui sont là pour faire leurs heures". L'actrice française Romane Bohringer au 72e Festival de Cannes, le 20 mai 2019 CHRISTOPHE SIMON AFP/Archives "C'est pour ça qu'il n'y a pas une seule scène de sexe", mise à part une dans l'intimité du couple de "performance" pour une série parlant de porno, à l'heure où le sexe est "absolument partout dans notre environnement culturel", concède l'ancienne adepte du féminisme pro-sexe. Ce mouvement politique, qui prône "la lutte pour les droits des travailleurs du sexe et la production de contre-images en réponse aux images pornographiques sexistes", a "beaucoup moins de sens aujourd'hui" que lors de sa création "au tout début des années 80", estime Ovidie. Devenue "féministe tout court", la jeune quadra ne "regarde pas à titre perso les séries avec du cul", telles qu'"Euphoria" ou "Sex Education", même si "Pam and Tommy", série de Disney+ sur la sextape volée à Pamela Anderson et Tommy Lee dans les années 90, l'a "fait rigoler". Envisage-t-elle d'explorer d'autres terrains que "la politisation de l'intime" à l'avenir? "Non. Il vaut mieux rester constant. C'est un sujet qui est inépuisable, tant qu'il y aura du sexisme, et encore plus depuis MeToo. Le jour où ce sera épuisé ce sera le moment de partir à la retraite avec mes chiens". © 2022 AFP Auteursen relation avec Y avait un macchabée (1 ressources dans data.bnf.fr) Auteur du texte (1) Clarence Weff (1919-2000) Y avait un macchabée Clarence Weff (1919-2000) Langue : Français Genre ou forme de l’œuvre : Œuvres textuelles Date : 1962 Data 1/1 data.bnf.fr. Title: Y avait un macchabée Created Date: 7/27/2021 10:07:35 PM
Publié dans la catégorie Italie Après deux mois en Sicile, nous concrétisons un autre rêve, celui de vivre dans les Pouilles pendant un petit moment. À vrai dire, nous nous imaginerions bien habiter dans chacune des vingt régions italiennes, mais chaque chose en son temps. C’est ainsi qu’un beau matin de juin, encore engourdis par notre nuit de bus, nous réalisons nos premiers pas dans la ville de Lecce, tout au sud de l’Italie. Celle-ci fera office de décor à notre vie de vagabonds durant un mois. Loin d’être pouilleuse », Lecce nous fait immédiatement forte impression. Elle est sans conteste l’une des plus belles villes de l’un des plus beaux pays au monde. À peine la Porta Napoli franchie, nous sommes éblouis, au sens propre comme au sens figuré. Le centre de Lecce, intégralement taillé de pierres blanches, s’est juré de faire chavirer les âmes les moins romantiques et les lunettes de soleil les plus sombres. Nous longeons des églises baroques et des palais d’époque, sous l’œil amusé de statues de saints sourcilleux et de chérubins dodus, puis toujours plus d’églises baroques et de palais d’époque, avant de ressortir par la Porta Rudiae et rejoindre le studio qui nous attend. Quelle entrée en matière ! Un mois, c’est beaucoup pour une ville qui se visite en trois heures. Nous nous sommes donc retrouvés à répéter en boucle deux activités flâner dans les ruelles et manger. Cependant, Lecce s’avère une excellente base pour explorer la région des Pouilles, et plus particulièrement la péninsule du Salento, son extrémité sud. Rien n’a encore été inventé de mieux, après une dure journée de balade ou de baignade, que de prendre une douche et ressortir siroter du vin blanc dans une jolie rue pavée. Le centre de Lecce en long, en large et en chemins de traverse À Lecce, tout se visite à pied et le nez en l’air. Si vous avez de bonnes chaussures, suivez-nous, nous allons tâcher de vous présenter les lieux les plus intéressants de la ville. Tout d’abord, le centre est traversé par la via Giuseppe Libertini. Parcourir cette rue principale, c’est déjà admirer quelques palais pas laids et d’exquises églises. Si vous remarquez sur l’une d’elles une chèvre surmontée d’un brocoli, il s’agit en réalité d’une louve et d’un arbre, les symboles de la ville. La pierre de Lecce se sculpte sans difficulté, mais elle s’érode tout aussi facilement. Vers la moitié de cette rue, vous ne pourrez pas rater l’ouverture qui mène à la plus belle réussite de Lecce, à savoir la Piazza del Duomo. Ici, tout est beau, blanc et baroque à 360°. Si vous avez la possibilité de vous y rendre de nuit, la place se transforme en un îlot de calme mis en valeur par la douce lumière des réverbères. Toujours sur la fameuse via Giuseppe Libertini, à l’extrémité est, se trouve une autre place plus récente et tout aussi riche en monuments historiques, la Piazza Sant’Oronzo. Au pied d’une étrange église vénitienne mise sous verre et de la grande Banque d’Italie, s’étale un bout d’amphithéâtre romain. La façade de la banque était prévue pour être droite, mais la découverte des vieilles pierres sous le chantier en a voulu autrement. Non loin, les amateurs de gros murs apprécieront le mastoc château Charles V, dont la visite du rez-de-chaussée est gratuite la partie payante est paraît-il décevante, passez votre chemin. Ceux qui préfèrent la finesse et la délicatesse les trouveront toutes deux au Couvent des Célestins, qui fait maintenant office de siège du gouvernement local. Admirez au passage la façade de la basilique de Santa Croce mitoyenne, malheureusement en rénovation lors de notre séjour. À force de voir monsieur et madame Tout-le-Monde entrer dans cet ancien couvent comme dans un moulin, dans un élan de sagacité, nous avons fini par comprendre qu’il possédait une sortie arrière. Nous vous invitons à l’emprunter pour tomber nez à nez avec le parc Villa Comunale. Les espaces verts ne sont pas nombreux dans les vieilles cités italiennes, savourez. En fin de journée, le jardin devient le lieu de rendez-vous des retraités leccesi, qui arrivent à bicyclette, élisent un banc et s’y installent pour échanger des nouvelles fraîches tout en profitant de la fraîche. C’est également un bon endroit où grignoter à l’ombre une part de focaccia aux tomates cerises. Retournons maintenant dans les ruelles du centre pour digérer tout cela. Notre partie préférée de Lecce n’est pas celle des lieux touristiques principaux. C’est plutôt l’adorable labyrinthe de ruelles qui se tortillent et s’entremêlent dans les recoins de la vieille ville, à tel point qu’il nous faudra bien deux semaines pour parvenir à nous y repérer sans plan. Nous évoluons alors dans un monde de petites maisons de pierre, de vieilles portes en bois sculpté, de chats nonchalants, de balcons fleuris et même, dans les plus infimes artères, d’habitants qui vivent encore portes et fenêtres ouvertes, la télévision en action et la cocotte-minute qui siffle. En prime, au mois de juin, nous avons régulièrement droit à l’ensorcelant parfum des arbustes de jasmin et aux couleurs vives des bougainvilliers en fleur. Probablement les deux meilleurs inventions mises à disposition des jardiniers par la nature. Nous vous glissons deux noms de ruelles charmantes via Antonio Galateo et via Beccherie Vecchie. Mais le mieux, pour visiter Lecce, reste de s’y perdre. Avec un peu de chance, vous tomberez même sur le discret petit théâtre romain à ne pas confondre avec l’amphithéâtre. Mais où sont passés les habitants de Lecce ? À force de tourner dans le centre historique, nous finissons par remarquer… qu’il ne possède aucun magasin de fruits et légumes. Aucun opticien, aucune auto-école, aucun coiffeur. Aucune boutique normale, juste des restaurants, des échoppes pour touristes et des plaquettes indiquant des Bed & Breakfast tous les douze pas. Comme dans beaucoup de villes méditerranéennes, il vint un temps où la population ne supporta plus de vivre serrée dans de vieilles ruelles médiévales. Lorsqu’une ville nouvelle, spacieuse et rectiligne jaillit de terre juste à côté, les habitants du centre s’y engouffrèrent. Jetez un coup d’œil au quartier qui entoure la place Giuseppe Mazzini, ici se cachent les boutiques de prêt-à-porter, les boulangeries, les fleuristes et toute la vie locale ! L’arrivée des touristes a changé la donne. Lecce a rapidement compris l’attrait que suscitaient ses vieux murs et les a rénovés pour héberger ses nouveaux invités. Rassurez-vous, il reste certaines occasions pour lesquelles les leccesi se réapproprient leur vieux centre. D’abord, tous les weekends, les églises s’emplissent de mille fleurs pour accueillir d’élégants mariages. Et puis, un peu tous les jours mais surtout le samedi soir, il y a la fameuse passeggiata, lorsque les habitants sont subitement pris d’une envie d’arpenter la ruelle principale de Lecce. Ils s’habillent avec soin, débarquent par toutes les portes, s’achètent une glace et évoluent le plus lentement possible d’un bout à l’autre du centre historique. La foule est incroyable, il faut le voir pour le croire ! Le secret, si vous souhaitez vivre avec les locaux, consiste donc à… faire une bonne grosse sieste et ressortir en pleine forme à 22h ! Et si vous restez très tard, vous profiterez seuls de l’éclairage nocturne qui habille à merveille la pierre blanche. Découvrir Lecce par l’assiette La vieille ville est parsemée de mignonnes terrasses de restaurants qui donnent plus envie les unes que les autres. Mais que mange-t-on à Lecce ? Démarrons cette chronique culinaire par quelques spécialités bien locales. Les deux plats les plus fréquemment mis en avant sont la frisa et la puccia. L’une est un morceau de pain sec recouvert de dés de tomates, ressemblant à la bruschetta mais possédant une texture bien différente. L’autre est un sandwich rond typique d’ici, farci à tout ce qui vous ferait plaisir. Les deux plats suivants, bien rustiques, semblent arriver droit du Moyen Âge. La fava est une purée de fèves traditionnellement accompagnée à Lecce de feuilles de chicorée. Quant au ciceri e tria, il s’agit d’une soupe aux pâtes frites et aux pois chiches. Mi-fugue a adoré, Mi-raison… pas tellement. Le plat qui nous réconcilie est évidemment la pizza. Nous avons une adresse délicieuse à vous confier plus bas, dans les infos pratiques. Dans cette pizzeria, les ingrédients sont si savoureux que la version la plus simple, garnie uniquement de sauce tomate, de basilic et d’ail, est une tuerie et pas seulement pour l’haleine. Le gros point fort de Lecce, c’est aussi le fait que n’importe quelle petite boulangerie prépare et vende de la focaccia bien fraîche. Vous pointez du doigt celle qui vous fait de l’œil nature, patates, tomates cerises… et en demandez une tranche selon votre appétit. Nos balades se terminent d’ailleurs souvent par l’achat d’une part de pizza ou de focaccia, dégustée en fin de journée sur notre mini balcon, lorsque les températures redeviennent supportables. La belle vie à l’italienne ! Enfin, niveau boisson, nous avons craqué pour le caffè leccese, dégusté glacé avec du lait d’amande. L’essayer c’est l’adopter. Le cimetière de Lecce Vous avez du temps à tuer à Lecce ? Ça tombe bien, nous avons une dernière demeure à vous conseiller. Alors oui, cela peut paraître glauque, mais cet élégant cimetière mérite une visite ! Surtout la zone des mausolées, où les riches familles se sont fait bâtir de vrais monuments miniatures. Vous pouvez vous y rendre en dix minutes à pied depuis la Porta Napoli. Une fois face à l’église du cimetière, franchissez la petite porte à sa gauche. Notre avis sur Lecce Cette ville est réellement superbe ! Les amoureux de l’Italie y flâneront avec délectation et profiteront des terrasses ensoleillées des heures durant. Cependant, il y a tant d’autres beaux endroits à voir dans la région des Pouilles qu’il n’est à notre avis pas nécessaire de prévoir plus d’une demi-journée à Lecce. À moins de vous en servir comme base pour explorer le reste du Salento ou les plages du coin. La plus proche ne se situe qu’à 13km. Sur le long terme, nous avons trouvé la ville un peu endormie. Elle n’a pas ce côté joyeusement bordélique que nous avons adoré à Palerme, Naples ou Bari. Elle manque également de manifestations culturelles telles que des concerts ou spectacles. Restent la passeggiata et la gastronomie italienne pour se divertir ! Conseils pratiques pour visiter Lecce Où manger à Lecce Prenez des notes car nous avons une longue liste d’adresses. Et les végétariens n’auront rien à craindre, les Pouilles sont probablement la région d’Italie où il est le plus facile de se régaler sans viande ! Une excellente part de pizza ? Foncez chez Pizza & Co. À partir de 19h, les sympathiques gérants préparent des pizzas toutes fraîches dont ils coupent de larges parts pour 2-3€. Et si aucune ne vous convient, ils en cuisinent de nouvelles à la demande. Même les recettes les plus simples sont divines. Trois petites tables sont posées dans la rue, souvent déjà pleines à craquer. Installez-vous alors sur les marches de l’église voisine. Une bonne focaccia ? Malgré son nom français, Boulangerie, dans le quartier nouveau, est une excellente adresse. La terrasse est agréable, surtout le matin, pour prendre un petit déjeuner au milieu des locaux qui feuillettent le journal. Une glace ? Notre glacier préféré est la Pasticceria Natale. Les parfums sont nombreux et particulièrement réussis, comme le chocolat-orange ou le chocolat-rhum. Un caffè leccese bien frais ? Nous conseillons Caffè Cittadino. Les prix sont un peu plus élevés qu’ailleurs, mais la qualité est là. Nous y revenions souvent pour travailler sur nos ordinateurs car il s’agit du seul café vraiment adapté à Lecce. Un Spritz ou un verre de vin, voire un aperitivo ? Repérez la toute petite terrasse de La Galleria, juste en face du Couvent des Célestins. L’équipe derrière le bar s’applique. Si vous préférez tenter un Spritz à la framboise ou cerise sacrilège ?, ou encore d’autres cocktails originaux, vous pouvez vous installer sur la ravissante terrasse d’Al Baffo. Des plats typiques de Lecce ? Du côté des vrais » restaurants, c’est chez Alle Due Corti que nous avons goûté la fava à la chicorée et les ciceri e tria. Comptez 8€ le plat. Cela vient avec une décoration un peu poussiéreuse, mais typique elle aussi ! Une pizza un peu mieux installés que chez Pizza & Co ? La petite terrasse de chez Ciro Pizzeria est parfaite avec vue sur une belle église. Il s’agit cette fois-ci de pizzas individuelles, délicieuses et pas chères entre 4 et 8€. Dommage qu’ils servent dans des assiettes en plastique. Si vous ne souhaitez pas attendre pour obtenir une table, visez d’arriver avant 20h. Où dormir à Lecce L’idéal pour profiter des charmes de la ville est indéniablement de loger dans le centre historique. De nombreuses petites maisons d’hôtes discrètes se sont installées dans des bâtiments rénovés des vieilles ruelles de Lecce. Voir ici les logements les mieux notés de la villei. Par exemple, Dimi House ~65€i semble offrir un très bon rapport qualité/prix. Si vous avez plus de budget, nous avons également repéré la superbe Dimora Storica Muratore ~100€i qui nous faisait baver à chaque fois que nous longions sa façade. Visiter les églises de Lecce La plupart des églises sont payantes et font l’objet d’un ticket commun que vous pouvez acheter sur la Piazza del Duomo. Le tarif est de 10€ par personne ou 20€ pour une famille entière. Venir à Lecce en transports La ville de Lecce est le terminus d’une ligne de train un peu lente mais bon marché qui remonte toute la côte est jusqu’au nord de l’Italie. Comptez par exemple 1h40 depuis Bari ou 7h depuis Bologne. Vous avez aussi la possibilité de traverser vers la côte ouest et atteindre Rome ou Naples par exemple, en procédant à des changements. Sinon, les bus de ligne sont très efficaces en Italie. C’est à bord d’un bus de nuit que nous sommes arrivés à Lecce depuis Milazzo en Sicile, pour 20€. Il faut juste prévoir de bonnes boules Quies car les Italiens aiment papoter du matin au soir, puis du soir au matin. Pour comparer les différentes compagnies, nous vous conseillons le site Visiter le reste des Pouilles sans voiture Nous avons réalisé quelques belles excursions dans les Pouilles depuis Lecce. Voici les deux articles dans lesquels vous pouvez piocher des idées Deux jours à vélo au milieu des trulli, d’Ostuni à Alberobello Tous nos conseils pour visiter les Pouilles À propos de nous Nous sommes deux fugueurs nous avons changé de vie pour voyager en continu à travers le monde, sans date de retour. Nous avançons au gré de nos envies, sans nous précipiter. Pour en savoir plus, c'est ici. Vous avez une question ? Vous repérez une erreur dans l'article ? Une adresse a fermé ? Laissez-nous un message un peu plus bas. Vous souhaitez nous remercier pour les conseils du blog et nous encourager à continuer ? Voici diverses manières de le faire.
Lesmanifestants ont fait une entrée musclée dans l'amphithéâtre qui a choqué certains étudiants. France Bleu Nord . 3:14. Les étudiants de la Fac de droit de l'UCAD fustigent le retard de la
CULTURE MISE À JOUR DU THEÂTRE Ah ! c'qu'on s'emmerde ici TSOUIN TSOUIN ! MAJ du Je me plaisais à surnommer ce théâtre "Ah ce qu'on s'emmerde ici". Il faut dire que l'ancien directeur - plutôt sympathique- était l'archétype du bobo trottinette crypto-marxiste, et la rombière de l'assoc des amis du théâtre veillait au grain côté orthodoxie bourge, et la programmation s'en ressentait. D'où une sélection de pièces plus chiantes les unes que les autres, mais de gôôôche. Là, ça défrise, du Labiche pour rigoler avec des histoires de cocus, et ce sont ceux qui y sont qui se marrent le plus, et entonnent en sortant "Si tous les cocus, avaient des clochettes, des clochettes au dessus d'la tête, ça f'rait tant de rafut, qu'on s'entendrait plus. MAJ On apprend que Eric LOUVIOT abandonne le Tanit Théâtre. De plus, il n'habite pas Lisieux mais Caen, on comprend mieux pourquoi faire rigoler les Lexoviens le samedi soir n'est pas vraiment sa priorité. Pfff... MAJ La programmation 2013/2014 a été dévoilée. C'est le choix du dirlo, Eric Louviot, qui se prend pour le roi Lear un looser, et qui précise qu'il a privilégié quatre axes, et même qu'il n'y aura pas de "variétés", entendre par là du Boulevard, de l'Opérette, des comiques, bref de la rigolade popu, avec son folklore de cocus, de soubrettes, de plaisanteries paillardes et j'en passe. Bon, le jazz est bien servi, on ne va pas trop taper sur l'homme, ouvert à la discussion. Il n'en reste pas moins que cette programme est soporifique, branchouille, bobo de gôôôche en général et de prof en particulier, mâtiné d'élitisme bourge. Déjà, la couverture du programme est suspecte, un paon, avec un guitoune sur la tête munie d'une fermeture éclair, ça a forcément une signification. S'il y a un psy dans la salle, à votre disposition pour publier l'analyse Freudienne des fantasmes que cette image peut suggérer, avec commentaire circonstancié sur la personnalité de son auteur. Et avis sur les précautions à prendre par l'entourage, voire une expédition sous camisole au BS le Bon Sauveur. Bref, on va encore s'emm.. à cent sous de l'heure cette saison. Rassurez-vous, si la liste de gauche passe, ça va être pire. Seul moyen pour rigoler au théâtre la saison prochaine, virer Aubril, car c'est lui le président de l'INTERCOM qui finance cette soupe à la grimace. Et d'entonner, sur l'air de "Dans un amphithéâtre" Dans notre pauvre théâtre bis Not' théâtre ter Tsouin Tsouin Y'avait un macchabée ter Macchabée ter Tsouin Tsouin Etc.. Ah s'qu'on s'emmerde ici / On se fait vraiment ch... / On s'ennuie à mourir / Raz le bol de la Kulture / On en fera du pâté / Qui nous fera dégueuler. LE JUGEMENT SACRÉ Cliquer sur les miniatures L'ECHO JOLI ne résiste pas au plaisir de publier le jugement du tribunal administratif de Caen qui condamne une nouvelle fois la CCLPA. Selon Maître GUIBERT, ils n'ont pas encore fait appel. Pas certain qu'AUBRIL, qui a le pouvoir d'ester en justice, le fasse. Le scandale du coût pour le contribuable de cette guéguerre qui sera systématiquement perdue enfle. Il y a un conseil communautaire lundi 28, et des questions écrites sont à l'ordre du jour. Comme certains "nains de jardin" sont échaudés par le coup du tracé du TGV, il est possible que Firmin doivent faire face à une fronde qui se termine par un votre négatif pour cet appel, comme pour le "pôle muséal" mort né. Problème comme le coup pourri de la "musique sacrée" a capoté, il va falloir imaginer autre chose et surtout pas laisser faire les pervers des services de com. Suggestions composer la danse des placards, une petite musique de jour, la marche funèbre pour la sortie de la mairie de la liste Firmin battue aux municipales, les danses Augeronnes, un Te deum à la gloire des biftons défunts des contribuables, une aubade en Sibm harmonique pour charmer la vipère à chignon... LA CULTURE VIRÉE MAJ Après avoir saqué l'adjointe à la culture comme une malpropre, Firmin nous avait annoncé, toujours lors la fameuse réunion avec les commerçants, qu'il allait verser la compétence culture à la CCLPA. C'est pas gagné, car lors d'un repas familial dans une commune rurale, très rurale, un membre de la docte assemblée de la CCLPA a émis quelques doutes et lâché le qualificatif "ingérable". Firmin, qui a déjà senti le vent du boulet lors du dernier vote sur le chiffon de papier du projet de territoire voir ci-dessous "les péquenots se rebiffent" pourrait bien se faire envoyer aux pelotes sur ce sujet. Déjà qu'avec le coup tordu de l'Ellipse les élus ruraux vont ruer dans les brancards. A cette occasion, un truc qui m'avait échappé la piscine est gérée par la commission culture de la CCLPA, de l'aqua-culture en quelque sorte. "Les péquenots se rebiffent" MAJ Bon, tout d'abord, pas de polémique autour du mot "péquenot", c'est pour faire un titre dans le style d'Audiard Le cave se rebiffe. Une des caractéristiques du camarade super-cumulard est qu'il a horreur de l'adversité, la preuve il avait lâchement démissionné alors qu'il était élu lors du deuxième mandat d'Yvette Roudy. Môssieur se dégonfle quand il s'agit de ferrailler dans l'opposition, et avec Yvette il fallait du Tolède. Môssieur préfère les grandes tapes dans le dos et les patins pour les filles, et faire passer ses coups dans le consensus. C'était le cas jusque maintenant à la CCLPA, où tout le monde la bouclait sévère, au moins en séance plénière. Car pour ce qui est des tractations en coulisses, à la mode Vaticane, l'Echo Joli n'a pas encore d'honorable correspondant dans cette instance. La place est libre. Il faut dire que les élus ruraux, les "péquenots", qui ne sont pas vraiment des tribuns habitués à la polémique pas besoin pour gérer un village, sont plus faciles à embobiner que la camarade Clotilde. La corde sensible de l'Augeron de base, c'est évidemment les picaillons. Et là ça commence à coincer. La ponte du projet de territoire a pris un an, rédigé par on se sait qui, et "porté à la connaissance du conseil". Du blabla de technocrasseux, pour couvrir et justifier les opérations financières et commerciales en cours aux "Hauts de Glos" sans doute. La pompe à fric capitaliste ne néglige jamais de faire raquer le contribuable, surtout que pour viabiliser les 100 hectares en général et les 12 hectares de l'Ellipse en particulier avec son parking de 900 places, sa voirie, ses "jeux d'eaux" Versaillais, sans oublier caméras et miradors, locaux pour la flicaille privée et j'en passe et des meilleures. Un coup de force a eu lieu autour de la fiscalité du foncier bâti, et il est dans l'air d'en mettre une petite couche sur la taxe d'habitation. Comme c'est un peu mystérieux, avant de vraiment savoir ce qui se passe il va falloir passer à la phase investigation, toutes les infos sont bienvenues. Ca ronchonne donc, si bien que lors du vote, mon Firmin a senti le vent du boulet. 57 votants à bulletin secret, 28 pour, 21 contre et 8 miraculeuses abstentions, sinon, c'était plié. Et ça, c'est un vrai crime de lèse-cumulard. On comprend maintenant pourquoi la bande des cinq qui manipule le conseil municipal aussi bien que le conseil communautaire, aux postes clés de la CCLPA, a refusé genre sectaire la présence de membres de l'opposition Lexovienne à la CCLPA il fallait que personne ne mette son nez dans cette instance qui échappe à tout contrôle démocratique. LA CULTURE DÉSHABILLÉE "Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver" J. Goebbels La misère culturelle à Lisieux, allégorie. MAJ Cette affaire a mis en évidence la véritable personnalité du valet des marquises, qu'elles soient de la côôôte ou Lexovienne à chignon. Cela créé des remous dans la majorité municipale, reste à savoir s'il y aura d'autres rébellions telle que celle de Michèle Gesnouin "qui défie son maître" alors qu'elle n'en avait pas. Ca balance pas mal à Lisieux et dans la presse est diffusé ce que l'Echo Joli savait déjà, que "la bande des cinq" qui décide de tout sans aucune concertation, est composée de Firmin Bernard Aubril, de notre chère Marquise du Chignon des Orangers de la Cour de la Mairie Mme De Faccio, du Grand Maître de l'Ordre des Panneaux Solaires des Chiottes du Carmel Gilbert Godereaux, du très immobilier Paul des Brosses des Rochettes Paul Mercier et du Phynancier à la baignoire fuyante, alias Jean Paul Soulbieu est-ce volontaire ou du fait de ses fonctions ?. Grand absent, un petit roquet. Le "bureau du maire" n'est qu'une chambre d'enregistrement, que dire des "réunions majoritaires". En ville, l'électorat bien vieux et bien sage commence à avoir des doutes. Certains habitants nous décrivent la dégradation de la propreté et de la sécurité en centre ville, la prise de conscience est en marche. Ce qui est sûr c'est que Firmin ne bougera pas, sa préoccupation principale c'est de se pavaner en ville, de courir les cocktails et de balancer de la poudre aux yeux dans son sillage. A la différence de 2008, où Firmin avait retiré leurs délégations à Ursula Oger et Marcel Blin juste avant les élections, là il va falloir se traîner quatre ans une adjointe sans délégation, qui doit rester à sa place protocolaire au conseil et être présente en bureau du maire. D'où évidemment la pression qu'ils ont exercé pour qu'elle démissionne. Ils vont de toute évidence s'acharner sur Michèle Gesnouin, comme sur M. Batrel et JP Seguin et bien d'autres exécutés la spécialiste de la gégène politique étant sans conteste l'amatrice d'orangers. Mine de rien, le troisième mandat vient de prendre l'eau. MAJ La culture déshabillée, pas l'adjointe. Michèle Gesnouin MG vient de se faire SACquer par la vieille garde UMPiste. Il y a eu des prémisses, avec la prise de parole à sa place par le maire lors du dernier conseil, puis la réunion avec les commerçants où Firmin a été furax de la question posée par Jean Luc Davy PROCOM au sujet de l'intérêt du transfert du Musée dans la Banque de France. Michèle Gesnouin avait apparemment bossé sur cette histoire, et avait fait visiter les lieux aux huiles administratives. Je lui avais personnellement dit dans un entretien informel qu'elle prenait des initiatives et qu'elle réussissait, ce qui avait le don de déplaire aux vieux incapables accrochés au pouvoir qui entourent et encadrent notre cher Firmin. On ne serait pas étonné d'apprendre que la décision de fusiller Michèle Gesnouin a été prise en présence, voire à l'initiative de l'antédiluvien gnome qui grenouille encore, car on le voit en ville, Dédé soi même André Fanton. La méthode y est réunion d'alcôve secrète en petit cénacle, confiscation de l'attribution culture par transfert des compétences à la communauté de commune, mise devant le fait accompli il y a 15 jours dans le bureau du maire, "sans débat", "à la hâte", par "un petit groupe d'élus". CQFD. Pour Lisieux, c'est une révolution médiathèque à Yvette, musée, toutes les associations culturelles dont la musique qui m'intéresse, dont évidemment celles intéressées par le transfert du musée à la BdF. Comme il y a de la place, il y avait possibilité de transformer le lieu en agora culturelle en lieu et place du poussiéreux musée actuel. "La culture n'a jamais été considérée comme une priorité par le maire et son équipe". Faut-il s'en étonner ? Rien que le graphisme de la signature de Firmin et ses discours de naze en disent long. Rappelons la hargne vengeresse avec laquelle sa garde rapprochée traite deux hommes de culture Michel Batrel et Jean Pierre Seguin, dans des procès que la mairie perd mais qui coûtent cher aux contribuables. MG, qui en a, du caractère, a donné une interview au Pays d'Auge lundi Julien Lagarde, publiée mardi "clash à Lisieux", "tacle". Avec des cruautés "sous-estime la culture", "manque d'ambition", "désert culturel", "je dérange", "tout dépend de l'image que le maire veut donner de sa ville"... On notera qu'au moment de l'interview MG disait "on ne quitte pas un navire qui tangue". A la parution mardi ou avant vu le fil rouge qui relie la mairie à la "rédaction unique", branle bas de combat. Aubril et sa bande décident mardi après midi, non seulement de retirer ses délégations à MG culture, enseignement et cuisines municipales !, mais la somment de démissionner. Retirer des délégations est légal, sommer de démissionner est infect. C'est donc la CCLPA et Christian AUZOUX qui vont récupérer le bébé. Ne connaissant pas l'individu et ses appétences politiques, pas de commentaires. Les associations culturelles vont toutes basculer à la CCLPA comme celles gravitant par exemple autour de la natation, on connaît le résultat avec Le Nautile, on ferme et démerdez-vous. C'est pour janvier 2011. Moralité Firmin n'est pas un démocrate, c'est un sectaire UMPiste, un autocrate bon teint, capable de tout en matière de violence politique. Rendez-vous au conseil municipal le mardi car il faut légalement entériner tout cela et trouver un remplaçant dans la bande pour cette délégation croupion. Que va faire Michèle Gesnouin ? Mystère, mais l'Echo Joli l'a contactée et lui ouvre ses colonnes. Ce matin, sa bobine figurait encore sur le site de la ville. Le Karcher est en route pour effacer toute trace de MG. Cette décision "hâtive" n'est pas sans faire des dégâts dans la majorité à qui le tour ? Car les autocrates pour rester soft ont tendance à rapidement passer au bouc émissaire suivant. Et puis après, pour la ramener sur "l'ouverture" c'était le cas, tu as bonne mine.
Dansun amphithéâtre · La Bande à DuduleMaxi chansons paillardes (53 titres)℗ EGTReleased on: 2006-11-22Author: PUB DOMComposer: PUB DOMAuto-generated by You
Divertissements dans la Rome Antique Les Jeux Les jeux publics ou "ludi" Les ludi est le terme employé pour désigner les jeux publics à Rome spectacles théâtraux, épreuves sportives et concours. Ces jeux se déroulaient lors des fêtes en l'honneur des dieux; ils furent institués pour gagner leur bienveillance ou pour détourner leur colère. Généralement annuels, ils pouvaient néanmoins avoir lieu lors d'occasions particulières. Ils ne comportaient pas d'épreuve athlétique, comme chez les Grecs. Les concours athlétiques ne virent le jour que sous l'époque impériale; on les appelait agones, comme l'agon Neronianus ou l'agon Capitolinus. Ces compétitions ne furent jamais populaires à Rome et n'ont jamais su rivaliser avec les spectacles de gladiateurs; les concurrents étaient grecs pour la plupart. Ce sont les magistrats préteurs ou édiles qui étaient chargés de leur organisation. Le financement des jeux était assuré par l'Etat, mais s'avérait bien souvent insuffisant, tant les magistrats rivalisaient d'éclat. Peu à peu, l'origine religieuse des jeux va s'estomper; ces derniers vont devenir des divertissements à part entière. Sous la République Les ludi les plus anciens sont les courses de chars ludi circenses célébrant Mars ou Consus, sous le contrôle des magistrats. Puis apparurent les gladiatures et autres spectacles siégeant au Forum ou à l'amphithéâtre, survivance des jeux funéraires étrusques. C'est en 329 av. que fut construit le premier site permanent destiné aux jeux. Les ludi Romani ou magni étaient également des jeux anciens, donnés chaque année en septembre, par les édiles curules. Leur origine émane de la tradition qui voulait qu'un général offrit, après une campagne victorieuse, une fête à Jupiter, dieu italique et romain, principale divinité du panthéon romain. Dieu du ciel, de la lumière diurne et des éléments météorologie, foudre, tonnerre, Jupiter est assimilé au Zeus des Grecs. On le fêtait du 4 au 19 septembre. Une grande procession, véhiculant les images des dieux, se dirigeait vers le temple de Jupiter, sur le Capitole. La procession était suivie par des courses de chars et des parades militaires. Les ludi scaenici les jeux scéniques, où l'on jouait des pièces de théâtre, furent ajoutés aux ludi Romani en 240 av. A partir de 214 av. pendant les ludi Romani, quatre jours étaient consacrés aux ludi scaenici; il est probable qu'on montait annuellement deux tragédies ou deux comédies. A la fin de la République, on comptait cinquante-cinq jours par an de ludi scaenici; ce nombre ne fit qu'augmenter sous l'Empire. Les ludi plebeii furent instaurés en 214 environ av. Ils se déroulaient en novembre et étaient essentiellement destinés à réjouir les citoyens durant les heures sombres de la seconde guerre punique. On ne connaît pas grand-chose à leur sujet, si ce n'est qu'ils comportaient un jour de représentations dramatiques. Les ludi Apollinares, en l'honneur d'Apollon, furent instaurés lors de la seconde guerre punique 212 av. Apollon, dieu grec de la Beauté, de la Lumière, des Arts et de la Divination, était tout à la fois guerrier, pasteur, purificateur et guérisseur en tant que dieu solaire. Il était aussi appelé Phébus, c'est-à-dire "le brillant". On l'honorait du 6 au 13 juillet. Par la suite, les ludi Apollinares devinrent annuels et le nombre de jours de fête passa de un à huit, puis à neuf jours 5-13 juillet. Aucune représentation scénique n'y est attestée av. 169 av. Un jour était consacré aux jeux du cirque. Les ludi Megalenses furent instaurés en 204 av. et avaient lieu du 4 au 10 avril. Ils étaient donnés en l'honneur de la Magna Mater Grande Mère ou Cybèle. Déesse phrygienne, Cybèle personnifiait la force productrice de la nature. Son culte fut introduit dans le monde gréco-romain au IIIe siècle av. et comprenait des cérémonies initiatiques. On n'assistait à aucune représentation scénique. Un jour était consacré aux jeux du cirque. Les ludi Cereales, établis en 202 av. J .-C., étaient une fête plébéienne en l'honneur de Cérès et avaient lieu du 12 au 19 avril. Déesse romaine des Moissons, Cérès était totalement assimilée à Déméter, divinité grecque de la terre cultivée. C'est de Cérès que découle le mot "céréale". Des jeux au cirque clôturaient le dernier jour de la fête, et, sous l'Empire, des représentations dramatiques. Les ludi Florales, ayant pour but de s'assurer la protection de Flora, déesse italique et romaine de la puissance végétative, furent institués aux environs de 240 av. suite à une famine prolongée. Les Floralia, célébrations joyeuses et licencieuses, se déroulaient chaque mois d'avril et culminaient le 1er mai. La première partie de ces jeux consistaient en représentations théâtrales et mimes ; la dernière partie, en venationes chasse aux animaux. Sous la République également, la chasse au gros gibier fit son apparition dès 186 av. et devint un moment favori de la vie quotidienne des citoyens romains. Sous l'Empire Les jeux mentionnés ci-dessus continuèrent sous l'Empire et furent enrichis par les jeux suivants Les ludi saeculares, introduits à une date inconnue mais ancienne sous forme de jeux et de sacrifices destinés à mettre fin à tout péril national guerre, épidémie ou pour quelque autre raison pour purifier Rome de toutes les souillures et pour inaugurer une ère nouvelle. Ces jeux devaient avoir lieu en théorie tous les cent ans du lat. saeculum, séculaire. Les premiers de ces jeux furent célébrés sous Auguste, du 31 mai au 2 juin 17 av. Diverses représentations grandioses eurent lieu et, à cette occasion, un hymne fut composé par Horace, hymne qui nous est parvenu Carmen saeculare. En 47 apr. c'est l'empereur Claude qui fit donner les ludi saeculares pour célébrer le huit centième anniversaire de la fondation de Rome. Ces jeux furent célébrés pour la dernière fois en 248 apr. par l'empereur Philippe l'Arabe, pour le millénaire de la fondation de Rome. Les ludi Martiales en l'honneur de Mars, célébrés chaque année le 1er août. L'agon Neronianus ou jeux Néroniens, instauré par Néron en 60 apr. imitant en partie les jeux Olympiques. Il avait lieu tous les cinq ans et comportait des courses de chars, des épreuves athlétiques et des concours musicaux et poétiques. Ces jeux furent de courte durée. L'agon Capitolinus ou jeux Capitolins, institué par Domitien en 86 apr. et imitant également les jeux Olympiques. Il avait lieu tous les quatre ans et comportait des concours athlétiques et musicaux. La célébration de tels spectacles entraîna la construction de nombreux édifices dans toutes les villes de l'Empire. Théâtres, cirques et amphithéâtres coûtèrent très cher aux municipalités mais offraient néanmoins l'avantage de maintenir la romanisation des masses. Les jeux privés Les Anciens étaient amateurs des jeux de société, dont l'attrait était rehaussé par les gains que leur procuraient les paris engagés lors des parties. Les jeux de dés étaient particulièrement populaires; on y jouait, comme aujourd'hui, avec un cornet à dès et une table de jeu. Les latrunculi jeu "des petits soldats" se jouaient sur une tablette divisée en cases sur laquelle les joueurs déplaçaient des pièces dénommées "soldats" et "combattants". Le jeu "des douze lignes" duodecim scripta est une sorte de trictrac. Les jeux de balles, pratiqués avec des balles de taille et de poids variés, étaient également très appréciés par les Romains et étaient considérés comme étant salutaires à tout âge. Des terrains étaient d'ailleurs spécialement aménagés pour pouvoir s'y exercer. Les jeux des enfants romains étaient variés hochets, balles, toupies, cerceaux, balançoires, poupées, animaux miniatures, osselets, dés, jeux avec des pions et de devinette du type "pair impair" ou "combien de doigts ?". Les plus jeunes s'amusaient avec de petites voitures, tirées par des souris. Plus âgés, ils conduisaient des espèces de chars traînés par des chiens ou des poneys. Ils aimaient aussi imiter les "grandes personnes" ils jouaient au gladiateur, au soldat, au magistrat, etc. L'Amphithéatre L'amphithéâtre ne doit pas être confondu avec le cirque, qui était presque exclusivement destiné aux courses de chars. Sanglants, les spectacles donnés dans les amphithéâtres étaient diversifiés et proposaient des combats de gladiateurs munera des chasses venationes des batailles navales, ou naumachies naumachiae Ces spectacles étaient financés par l'empereur à Rome ou par des politiciens dans les villes de l'Empire. Ils étaient avant tout destinés à plaire au peuple en vue d'obtenir sa reconnaissance et de consolider ainsi la popularité du donateur. D'abord constructions provisoires au Ier siècle av. ensuite en bois, et enfin en pierre dès 29 av. les amphithéâtres sont le prototype de nos stades actuels. Le plus ancien de ces édifices fut retrouvé à Pompéi et date de l'an 80 av. A Rome, c'est en 80 apr. que Titus inaugura le premier amphithéâtre celui de Flavien, plus connu sous le nom de Colisée, qu'il doit sans doute au "Colosse de Néron", gigantesque statue de l'empereur représenté en dieu-soleil, qui s'élevait à proximité. C'est le monument le plus significatif de la Rome antique. A l'occasion de cette inauguration, les spectacles durèrent cent jours au cours desquels fauves furent tués. Selon diverses sources, le Colisée pouvait accueillir de à spectateurs, ce dernier chiffre paraissant néanmoins excessif. D'une hauteur de 48 mètres, le Colisée est de forme elliptique; sa circonférence extérieure atteint 527 mètres; il mesure 187 mètres sur 155. Plus de m³ de travertin, calcaire lacustre de très belle qualité, entrèrent dans sa composition ainsi que 300 tonnes de fer pour les crampons unissant les blocs. Composé d'une arène arena de 76 sur 46 mètres, il est doté de deux entrées principales. Le sol de l'arène était constitué à l'époque de planches de bois robustes juxtaposées avec précision et recouvertes de sable. Aujourd'hui, on n'y voit qu'un éventrement et on imagine difficilement que de tels spectacles s'y soient déroulés. L'édifice est complètement entouré par la cavea ensemble de gradins qui accueillait les spectateurs. C'est une sorte d'entonnoir, divisé en secteurs par des escaliers et par des paliers en trois ceintures étagées podium, maeniana, porticus, couronnés en haut par une quatrième rangée de gradins en bois avec des places "debout" destinées à accueillir le petit peuple. L'étage situé à mi-hauteur comporte des places assises qui étaient destinées aux corporations. Plus bas, des sièges étaient réservés à la riche classe sociale des chevaliers. Enfin, la loge impériale ou podium était réservée à l'empereur, aux membres de sa famille et à ses éventuels invités. Aucune présence féminine n'était tolérée dans la loge impériale, pas même l'impératrice. Celle-ci prenait place de l'autre côté de la piste dans la loge des consuls. Quant aux sénateurs, ils prenaient place au plus près de l'arène, sur des sièges de marbre gravés à leurs noms, inscription d'ailleurs enlevée à leur mort. Sous l'arène et les gradins, un dédale souterrain abritait tous les services indispensables au déroulement des jeux machines, cages pour les fauves, armes, accessoires et une chambre mortuaire provisoire pour les combattants tués. C'est dans ces souterrains, éclairés seulement par les ouvertures ménagées pour les monte-charge, qu'attendaient les gladiateurs, venus de leur caserne, la Ludus magnus, reliée au Colisée par tout un circuit de galeries qui facilitaient ainsi les déplacements des hommes et des bêtes. La Ludus magnus était un bâtiment quadrangulaire, à l'architecture militaire, entourant une aire destinée à la formation des gladiateurs, de forme elliptique, une arène miniature en quelque sorte. Ce complexe abritait les cuisines, les salles communes, les services médicaux, l'armurerie et, sur plusieurs étages, les chambres des combattants cellae, à deux ou individuelles, ne dépassant guère 20 m² on n'y logeait pas davantage d'hommes afin d'éviter rébellion ... et homosexualité, ainsi que les appartements privés des administrateurs et des maîtres d'armes. Une autre caserne, tout aussi célèbre que la Ludus magnus, existait à Capoue et servait de lieu d'entraînement à gladiateurs. C'est de là que s'échappa Spartacus pour mener la révolte des esclaves en 73 av. Au sommet de ce colossal édifice, une rangée de consoles servait à soutenir le velum, gigantesque "tente" formée de milliers de bandes de toiles pour protéger les spectateurs du soleil et des intempéries, manœuvrée par une centaine de marins formés uniquement pour ce service et qui appartenaient à la flotte militaire de Misène, établie dans le Golfe de Naples. Un soin tout particulier avait été apporté dans la composition des mécanismes; au moment opportun et souvent simultanément, décors, fauves et hommes surgissaient au niveau de l'arène et cela pour le plus grand plaisir des spectateurs. Pour véhiculer les fauves et les hommes, on utilisait de véritables ascenseurs, actionnés grâce à l'ingéniosité d'un mécanisme reposant sur des contrepoids. Pour les décors, raffinés et suggestifs, allant même jusqu'à la reconstitution de collines, de forêts et de petits lacs, on usait de vastes plans inclinés et de machines mues aussi par des contrepoids. Les amphithéâtres existaient dans tout l'Empire de Rome. Certains, comme celui de Vérone ou de Nîmes, sont si bien conservés, qu'on y organise encore aujourd'hui des représentations. Les munera combats de gladiateurs Les combats de gladiateurs sont d'origine étrusque; esclaves et prisonniers étaient obligés de se battre entre eux pour assouvir la soif de sang des dieux. Dans la Rome antique, ces jeux devinrent un spectacle à part entière, soulevant l'exaltation des foules. A la différence des jeux annuels, constitués de représentations théâtrales et de courses de chars, la fréquence des gladiatures était irrégulière, car ce genre de spectacle était très lourd à organiser et d'une longue durée. Trajan, par exemple, offrit des munera qui durèrent 123 jours et qui utilisèrent gladiateurs. L'origine de ces combattants était variée criminels condamnés à mort, prisonniers de guerre, esclaves ou hommes libres volontaires qui touchaient une prime pour combattre. Le laniste lanista, dont le rôle premier était de rechercher et d'acheter souvent pour des sommes considérables ses "futurs" gladiateurs, était le maître incontesté de la ludus. En quelque sorte entraîneur en chef, il avait droit de vie et de mort sur ses "pensionnaires" et devait s'acquitter d'un impôt, le vectigal, qui correspondait au tiers ou au quart de ses gains. Le laniste était un gladiateur vétéran qui, après une longue carrière, recouvrait la liberté et reçevait à cette occasion une épée en bois, la rudis, symbole de sa relaxe du service. Soumis à un dur entraînement, les gladiateurs combattaient par paires ou par groupes avec des équipements et armements différents. Les principaux types de gladiateurs sont le Gaulois ou mirmillon murmillo, gladiateur léger, muni d'un casque orné d'un poisson murma, d'un bouclier long et d'une épée; il se bat généralement contre le rétiaire. Il est dit gaulois parce qu'il combat à la manière des Celtes. le rétiaire retiarus, dépourvu de protection, qui n'est armé que d'un filet retia pour envelopper l'adversaire et d'un trident fuscina servant à l'attaque. Le mirmillon et le rétiaire forment ainsi une sorte de couple poisson-pêcheur. le secutor poursuit le rétiaire. Son casque est dépourvu de rebord, de façon à ne pas offrir trop de prise au filet de son rival et de ne pas écourter l'affrontement. le provocator comme son nom l'indique, il provoque son adversaire puis passe à la contre-attaque. Il est muni d'une très longue épée, lui permettant de maintenir à distance son adversaire et d'un petit bouclier lui facilitant l'esquive. les essédaires dos à dos, combattant du haut d'un char léger, l'essedum, emprunté aux techniques de combat des Bretons ce sont le cocher et le lanceur de javelot. Ils suivent le pourtour de l'arène et s'attaquent aux gladiateurs à pied, notamment lors des reconstitutions de batailles. Cette catégorie de combattants était rarement représentée. le belluaire bellua son combat est des plus dangereux; il s'attaque uniquement aux fauves. le thrace, armé d'un bouclier rond et d'un cimeterre recourbé. le samnite, gladiateur de type lourd, fortement armé et protégé. Il portait cuirasse, casque, jambières, bouclier. Son arme l'épée. Son adversaire, pratiquement nu, sans armure, ni jambières, ni casque, n'ayant pour protection qu'un bouclier rectangulaire et une épée, était d'une agilité exceptionnelle, ce qui décourageait le samnite, alourdi par tous ses attributs. l'andabate, combattant à l'aveuglette soit les yeux bandés, soit avec un casque sans aucune ouverture pour les yeux. Cette catégorie de gladiateurs était rarement représentée. l'hoplomaque se couvrait d'un bouclier appelé hoplon. Muni d'un casque à aigrette, d'une épée droite et longue, il pouvait se battre aussi bien contre le rétiaire que contre un autre gladiateur de type lourd, comme le thrace. Il fut également rapporté, qu'à l'époque impériale, des femmes et des nains combattaient dans l'arène, plus particulièrement sous le règne de Néron. La veille des combats, les gladiateurs participaient à un grand repas offert par l'organisateur des jeux. Le public avait le loisir d'y assister et de juger ainsi de la condition physique des participants et de lancer leurs paris. Le lendemain, en fin d'après-midi, les gladiateurs entrent en scène. Au son des cors et des trompettes, le spectacle est précédé d'une procession grandiose appelée la pompa circensis. En tête, le magistrat qui préside les jeux; puis les prêtres, la jeunesse romaine, les concurrents, les danseurs, les musiciens et enfin le cortège des dieux sur des chars de parade. Tous pénètrent dans l'arène par la porte triomphale porta triumphalis. Les gladiateurs défilent ensuite devant la tribune impériale, y marquent un arrêt et prononcent ces quelques mots devenus célèbres "Ave, Caesar, morituri te salutant !" "Salut, César, ceux qui vont mourir te saluent !". On a fait une loi de la phrase pathétique bien qu'il semble qu'elle n'ait été prononcée en réalité qu'une seule fois, dans des circonstances exceptionnelles, lors de la reconstitution d'une bataille navale d'après l'historien Suétone dans la "Vie des Douze Césars". Des séances d'échauffement précèdent le début du combat. On voit s'opposer plusieurs couples de combattants simultanément, surveillés par des arbitres reconnaissables à leur tunique et à leur baguette de bois. Lorsqu'il est blessé, le combattant lève la main ou l'index pour demander la pitié des spectateurs. C'est le moment bien connu où les spectateurs pressent le pouce contre l'index premere pollicem ce qui signifie que le combattant a la vie sauve ou tournent le pouce vers le haut ou en direction de leur poitrine vertere pollicem pour signifier un coup mortel. Signalons qu'il existait aussi des combats sine missione, c'est-à-dire sans survivant. Les combats étaient entrecoupés de pauses pendant lesquelles le public recevait des victuailles en général des pains entiers, d'où l'expression "du pain et des jeux!" en assistant à des spectacles de clowns, d'équilibristes ou d'animaux savants. En général, les combats voyaient s'opposer des couples d'hommes dont le nombre pouvait varier de 100 à 200. En 109, sous Trajan, on assista à 117 jours consécutifs de combats qui réunirent 9824 combattants! A l'issue de ces combats, le vainqueur se voyait offrir une palme, de l'argent et des dons de diverses natures. Beaucoup de gladiateurs devinrent des vedettes et bénéficièrent d'une grande popularité auprès du public, le plus souvent féminin et de souche aristocratique dans la plupart des cas. Il est surprenant de constater que nombreux étaient les gladiateurs qui, devenus libres, revenaient se battre, alléchés par les énormes gains. Les combats de gladiateurs furent abolis en l'an 438, après environ 450 ans de service ininterrompu. Les venationes les chasses Ce sont des combats d'animaux entre eux ou d'animaux contre des hommes. Les hommes qui combattaient les animaux, les bestiarii, étaient soit des condamnés à mort, soit des prisonniers de guerre ou des hommes entraînés au combat et rémunérés, comme lors des combats de gladiateurs. Les Romains possédaient des vivaria ménageries et des parcs zoologiques que l'on pouvait d'ailleurs visiter et où étaient élevés et dressés des animaux destinés aux chasses ou aux numéros de dressage. La faune locale se composait de cerfs, daims, chevreuils, biches, sangliers, aurochs, parfois quelques ours et des taureaux nés dans les élevages espagnols. La faune exotique, quant à elle, se divisait en deux catégories les lybycae qui désignent selon Ovide les grands félins originaires de Libye lions, lionnes, panthères et guépards; les africanae regroupent les espèces ci-dessus et en plus le reste de la faune africaine antilopes, gazelles, gnous, buffles, autruches, hippopotames, rhinocéros, zèbres, onagres, girafes, éléphants et crocodiles. Peuvent s'ajouter, à condition d'avoir de gros moyens, les tigres des Indes, les lynx gaulois, et des animaux marins comme les phoques, les morses, les otaries. Ces animaux étaient "chassés" par l'armée romaine en place et "évacués" jusque Rome, avec des pertes considérables, étant donné la longue durée et les mauvaises conditions de transport. C'est surtout sous l'Empire que datent les plus belles collections d'animaux, comme celle d'Auguste, qui comptait animaux tigres, lions, guépards, rhinocéros, éléphants, ..., celle d'Elagabal empereur de 218 à 222 et celle de Gordien Ier enpereur en 238. Les animaux étaient jetés dans l'arène après être restés longtemps à jeun et plongés dans l'obscurité. Les affrontements devaient être spectaculaires où taureaux, rhinocéros ou autres luttaient entre eux; et que dire des combats contre des hommes sans armes, lesquels étaient inévitablement anéantis. D'anciens auteurs, témoins de ces combats, ont rapporté qu'on pulvérisait des parfums au-dessus des gradins orientaux, comme le safran, ou le baume des jardins d'Engaddi, en Palestine, pour couvrir l'odeur dégagée par le sang et par les bêtes féroces. Un réseau métallique haut et solide était disposé autour de l'arène; des pièces d'ivoire étaient placées sur ce grillage pour empêcher notamment les fauves de s'y agripper. Le Cirque C'est dans le cirque que se déroulaient les courses de chars, tirés le plus souvent par des chevaux achetés en Afrique, en Grèce et surtout en Espagne. On y attelait parfois, par goût d'extravagance, chameaux, éléphants ou tigres. On y donnait aussi des chasses combats d'animaux, des combats de gladiateurs et des spectacles à grand déploiement tels que défilés, processions, cortèges de vainqueurs. Les courses de chars, qui se déroulaient essentiellement pendant les Ludi Romani les Jeux de Rome, soulevaient auprès du public un enthousiasme semblable à celui que suscitent les rencontres de football aujourd'hui. Généralement installé dans une dépression naturelle, le cirque a une forme oblongue dont chaque extrémité adopte la forme d'un demi-cercle. Sur trois de ses côtés sont disposés les gradins destinés à accueillir les spectateurs. Le quatrième côté se compose de l'oppidum comprenant les écuries carceres où sont enfermés les chevaux et les chars devant participer aux courses. Une piste sablonneuse ou arène propre aux courses est divisée par la spina, qui est soit une levée de terre ou une espèce de muret, orné de statues et de colonnes monumentales. Les deux extrémités de la spina sont occupées par la "meta", borne monumentale recouverte de bronze doré et autour de laquelle viraient les chars. La borne la plus proche de l'oppidum s'appelait la meta prima; la plus éloignée, la meta secunda. Entre les deux bornes et face à la spina, se trouvait la tribune de l'empereur pulvinar. A l'extrémité circulaire s'ouvrait la porte triomphale porta triumphalis par laquelle sortait le vainqueur, tandis que les tués et les blessés étaient évacués par la porta libiteneusis située du même côté que la tribune impériale. Ces courses de chars commençaient très tôt et duraient toute la journée. De nombreux paris étaient faits sur chacune des écuries ou factions et déchaînaient une grande exaltation parmi le public au sein duquel s'échangeaient souvent insultes et coups. Le signal de départ de la course était donné par l'organisateur, en général un magistrat, qui jetait dans l'arène une étoffe blanche la mappa. Les chars devaient effectuer sept tours de piste, équivalant à une distance totale d'environ sept kilomètres et demi, et cela le plus rapidement possible, en longeant la spina, puis en tournant à la hauteur des metae. Sept oeufs et sept dauphins étaient disposés en rangées et fixés sur des piquets qu'on abaissait l'un après l'autre chaque fois qu'un tour de piste était accompli. Tous les coups étaient permis; les chars de droite pouvaient par exemple serrer au plus près les chars de gauche pour les faire s'écraser contre la spina. Le char était une simple caisse montée sur deux roues, comme autrefois les chars de guerre. Il était très léger et seul le poids de l'aurige lui conférait quelque stabilité. Les cochers étaient vêtus d'une courte tunique, renforcée de lanières de cuir au niveau de la poitrine pour éviter les fractures des côtes; des jambières protégeaient leurs mollets et leurs cuisses, et un casque leur tête. Ils dirigeaient les chevaux en enroulant les rênes autour de leur poitrine. Le moindre choc pouvait leur être fatal à grande vitesse, le char pouvait se renverser, les roues se briser, les rênes s'entremêler; l'aurige n'avait alors d'autre possibilité que de saisir, s'il le pouvait, le couteau à lame recourbée qu'il portait à la ceinture et de couper les liens de cuir qui l'attachaient à son attelage. En cas d'échec, son corps était entraîné par les chevaux, rebondissant sur la piste et heurtant la spina ou les barrières extérieures. Généralement, les autres concurrents étaient incapables d'arrêter l'élan de leurs attelages; ils venaient se heurter au maladroit ou malchanceux conducteur et périssaient avec lui. On a assisté, et ceci est tout à fait exceptionnel, à des courses de chars tirés par douze chevaux; mais, la plupart du temps, on utilisait des chars à deux chevaux biges, à trois chevaux triges ou à quatre chevaux quadriges. Dans une course de quadrige, le meilleur cheval était placé à gauche c'est lui qui doit éviter les bornes; le plus rapide était placé à droite. Souvent les courses de quadrige étaient pénibles pour les chevaux la poussière, les coups de fouet répétés et leur harnachement pouvaient les tuer avant la fin de la course. Sous l'Empire, les chars appartenaient à des associations qui se distinguaient par leurs couleurs d'abord le rouge Russata et le blanc Albata, ensuite le bleu Veneta et le vert Prasina. En général, la Russata se battait contre la Veneta et l'Albata contre la Prasina. Chaque équipe, en particulier celle des "bleus" et celle des "verts", avait leurs supporters les fautores et leurs couleurs correspondaient à des tendances politiques ou à des groupements sociaux. Le Sénat et l'aristocratie traditionaliste s'identifiaient aux "bleus" tandis que la masse populaire et les plus "démocratiques" des Empereurs Caligula, Néron étaient dévoués aux "verts"; la couleur de chaque équipe se retrouvait dans l'habit des auriges. Chaque faction était dirigée par un dominus factonis et entretenait un nombreux personnel cochers, palefreniers, vétérinaires, charrons, selliers, etc. Le vainqueur de la course était récompensé d'une branche de palmier et d'un prix important en deniers. Les auriges les plus habiles jouissaient d'une grande popularité et pouvaient amasser de véritables fortunes. Les chevaux avaient aussi leurs supporters et portaient des noms illustres, comme Victor ou Incitatus vif, impétueux. Le cirque le plus ancien et le plus vaste de Rome est sans conteste le Circus Maximus grand cirque, construit au VIe siècle av. reconstruit ensuite sous Jules César, puis sous Trajan; il acquit alors sa forme et ses dimensions définitives. Son tour de piste mesurait 1500 m et sa spina, longue de 340 m, était ornée de bas-reliefs et de monuments divers, comme le gigantesque obélisque de Ramsès II provenant d'Héliopolis et haut de 24 m. Il pouvait contenir près de spectateurs, ce qui, à l'apogée de l'Empire romain, représentait 1/3 de la population de la ville. Il était le seul lieu de spectacle dans lequel hommes et femmes n'étaient pas séparés. Parmi d'autres cirques, citons le cirque Flaminius, sur le Champ de Mars, construit en 221 av. long de 300 m, le cirque de Caligula ou Circus Vaticanus v. 40 ap. situé au pied de ce que sera le Vatican, où, sous Néron, furent martyrisés les chrétiens, en particulier Saint Pierre. C'est également à cet emplacement que Néron fit preuve, une fois de plus, de sa cruauté des chrétiens enduits de poix y furent brûlés pour servir de torches aux jeux nocturnes [In Anne Bernet, Les gladiateurs 2002, Perrin Les spécialistes ont mis cette affirmation en doute. Selon eux, un corps humain ne flambe pas, il se calcine, et ne peut donc pas donner de lumière. Quant à l'odeur qu'il dégage en brûlant, elle est si pestilentielle qu'elle ferait fuir n'importe qui.] Citons enfin celui qui est le mieux conservé, inauguré en 309 apr. le cirque de Maxence, long de 520 m et situé près de la Voie Appienne; c'est le seul dont il subsiste des ruines importantes. Au début du Ve s., un édit de l'Empereur d'Occident Honorius interdisit les affrontements entre gladiateurs, qui furent remplacés par la présentation de numéros sensationnels, comme éléphants funambules, taureaux équilibristes, ... Tandis qu'à Byzance, les courses de chars battaient leur plein, à Rome le public s'en désintéressa peu à peu. Le Théatre Selon Tite-Live Histoire romaine, VII, 2, les premiers jeux scéniques auraient été introduits en 364 av. au cours d'une épidémie de peste, afin "d'apaiser la colère des dieux". A cette fin, on fit venir d'Etrurie des danseurs et des musiciens; ce n'étaient encore que des pantomimes sans récitant. Les Romains prirent goût à ces représentations et les imitèrent en rajoutant des chants et des dialogues en vers qui, toujours selon Tite-Live, étaient similaires aux vers fescennins [les vers fescennins sont des chansons obscènes, ou dialogues en vers improvisés, destinés à se divertir lors des fêtes et des mariages et qui étaient de la même nature que les chansons grossières chantées par les soldats lors des triomphes]. Cette union entre la poésie populaire et la danse sacrée laissa la place à un spectacle dramatique un peu plus élaboré et sans intrigue la satura ou "pot-pourri" avec accompagnement musical; la satura fut l'ébauche du théâtre. Une forme de théâtre plus sérieux et plus artistique ne fit son apparition qu'en 240 av. C'est Livius Andronicus, un Grec de Tarente, qui écrivit la première pièce dotée d'une intrigue. Il trouva son premier véritable représentant italique en Naevius dont on connaît plus de trente titres de comédies, qui seraient pour la plupart des traductions de comédies grecques, ou plutôt des adaptations. Il ne fut pas le seul à écrire des comédies qui, en quelques générations de poètes, produisit toute une floraison d'oeuvres remarquables. Il y eut Plaute qui composa presque tout son théâtre et également Caecilius, Status et Térence. Ces comédies, exemptes d'allusions politiques, charmaient le public populaire car elles mettaient en scène des types humains comme des courtisanes, des marchands enrichis, des jeunes gens avides de la fortune paternelle et des esclaves malicieux prêts à les y aider. Le public est heureux, il rit, il s'amuse. Ces pièces étaient connues sous le nom de fabulae. La fabula Ce mot latin désignant une "pièce" est fréquemment combiné avec un adjectif qui définit le sujet. Les types les plus courants étaient la fabula atellana, la farce. Originaire de Campanie, on y voyait évoluer quatre personnages stéréotypés Pappus le vieillard, Dossenus le bossu, Bucco le joufflu et Maccus le niais. Empruntés à la vie quotidienne, les thèmes étaient fort simples. Genre essentiellement caricatural, l'atellane séduisait par son caractère familier et ne reculait pas devant l'obscénité. Souvent l'atellane servait de conclusion aux jeux scéniques; la fabula crepidata, la tragédie romaine sur un thème grec; la fabula palliata, l'adaptation d'une comédie grecque ou "pièce en costumes grecs" [les acteurs portaient le pallium et non la toge]; la fabula praetexta, une pièce sérieuse sur un sujet historique romain. Appelée ainsi parce que les héros étaient des magistrats romains, revêtus de leur "toga praetexta", toge bordée d'une bande de pourpre. Le sujet était fourni par l'histoire nationale, la prise d'une ville etc... Les héros de la tragédie prétexte étaient considérés comme des demi-dieux, comme dans le théâtre grec; la fabula togata, ou "pièce en costumes romains" fut jouée dès le milieu du IIe s. av. les personnages et le décor étaient italiques à part la structure qui demeurait grecque. C'était une comédie romaine à thème indigène concernant le bas de l'échelle sociale à Rome. Il ne reste de ces pièces que de courts fragments. La comédie latine disparut presque tout à fait au Ier s. av. pour être remplacée par le mime. Le mime Il ne faut pas confondre le mime dans le monde antique avec le mime au sens moderne, qui désigne une pièce où les rôles sont uniquement gestuels, sans paroles et avec un accompagnement musical. A Rome, le mime fut une espèce de représentation plutôt dramatique dans laquelle les acteurs, aussi bien hommes que femmes c'est le seul genre de spectacle où se produisaient des actrices, souvent dans le rôle de prostituées, jouaient pieds nus et sans masques des scènes quotidiennes ou romanesques, parlées en prose. Le texte importait peu bien qu'il ne fut pas absent; quant au dialogue, il était très rudimentaire. L'essentiel reposait sur la gesticulation, la danse, sur tout ce qui s'adressait aux sens plutôt qu'à l'intelligence. Le mime évolua ensuite vers la farce licencieuse, avec des personnages typés, comme le mari trompé, la femme infidèle, son amant et la servante. Sous l'Empire, les mimes contribuèrent au déclin de la comédie. Patronnés par les empereurs, ils étaient très prisés du peuple qui aimait leur nature de farce, leur indécence. Ils furent finalement supprimés dans l'Empire romain en 502 ap. La pantomime La pantomime succéda au mime où un acteur-danseur unique le pantomimus mimait une histoire dans un spectacle sans paroles. Il jouait à lui seul tous les personnages et était accompagné par un choeur de danseurs et un petit orchestre. Les histoires étaient presque toutes à caractère mythologique et leurs représentations se faisaient en public ou en privé. L'acteur portait un beau costume de soie et un masque aux lèvres fermées. Les masques étaient coloriés et l'ouverture de la bouche servait de porte-voix. De forme allongée, les masques tragiques traduisaient émotion et violence. Les masques comiques reproduisaient fidèlement les traits du visage humain et visaient surtout à amuser. Quant aux chaussures le cothurne cothurni, à semelle très haute, dont se chaussaient les acteurs tragiques et, pour les acteurs comiques, des crepidae sandales d'origine grecque ou des socci. Pour différencier les personnages, l'acteur portait des accessoires distinctifs tels que des perruques, blanches pour simuler les vieillards, blondes ou brunes pour les ingénues, et rousses pour les esclaves. Un châle jaune désignait une prostituée, une cape militaire un soldat et le proxénète était revêtu d’un manteau haut en couleurs. A l'origine, les spectacles se donnaient en plein air sur des estrades provisoires mobiles, souvent démolies aussitôt les représentations terminées. Les Romains aspirèrent peu à peu à l’édification de théâtres permanents mais le Sénat s’y opposera fermement et longtemps, prétextant que cela aurait favorisé chez les spectateurs la corruption des moeurs. Il faudra attendre 56 av. pour que la ville de Rome soit dotée de son premier théâtre permanent sur le Champ de Mars et qui comportait 2700 places assises. Le théâtre romain est disposé en demi-cercle. Les spectateurs empruntaient des couloirs d’accès souterrains vomitoria pour atteindre leurs places situées dans les gradins cavea, qui sont soutenus par des murs, contrairement aux gradins des théâtres grecs qui épousent une pente naturelle du terrain. En bas de la cavea, se trouve l’orchestre orchestra réservé aux spectateurs de marque, tels que magistrats et sénateurs. Devant l’orchestre, là où évoluent les acteurs, la scène proscaenium ou pulpitum, qui est située en hauteur et construite contre un mur. Derrière la scène, le mur de scène scaena, frons scaenae sert de décor permanent et représente en général la façade d’un palais à trois ou cinq portes richement ornées. Ce mur de scène atteint la même hauteur que le gradin le plus élevé de la cavea. Les coulisses postscaenium sont dissimulées derrière le mur de scène, dont le sommet est incliné vers l’avant, de façon à rabattre la voix. Enfin, au sous-sol les machineries ou hyposcaenium. Bien que les petits théâtres, les odéons, réservés aux concerts et aux lectures publiques fussent "couverts", on se contentait, dans les théâtres proprement dits, de tendre des toiles velum pour protéger les spectateurs du soleil et des intempéries. Les troupes théâtrales étaient composées d'esclaves ou d'affranchis généralement cinq acteurs histriones, des flûtistes tibicines, chanteurs cantores, musiciens, figurants, machinistes, tous dirigés par un chef de troupe, le dominus gregis. Etre acteur était en principe interdit aux citoyens Romains, ce qui n’empêchera nullement Néron de faire monter sur scène des sénateurs et des magistrats et même de s’y produire lui-même ! La mise en scène d'un spectacle théâtral était en général très coûteuse. Même si la contribution de l'Etat était considérable, les plus importantes compagnies théâtrales pouvaient imposer leurs propres conditions, toujours très onéreuses, aux imprésarios qui, en outre, devaient rémunérer machinistes, couturières et décorateurs. Bien que méprisés à l'origine, acteurs et musiciens s'enrichirent progressivement et furent acceptés socialement lorsque s'imposèrent de "grands" acteurs. Les théâtres romains étaient nombreux dans toutes les provinces. Certains d'entre eux sont encore utilisés aujourd'hui, comme celui d'Orange qui est le mieux conservé de tous les théâtres antiques; il date sans doute de l'époque augustéenne. Les Thermes Comme de nos jours, chacun se posait, dans la Rome antique, la question de savoir comment occuper les heures libres de la journée. Il n'y avait que l'embarras du choix pour cette masse d'individus, qu'ils soient désoeuvrés, sans-travail, immigrés ou aventuriers errer dans les forums, dans les basiliques, boire, manger et jouer dans les tavernes. Quant aux citoyens ordinaires, dont la journée de travail finissait assez tôt, ils se rendaient volontiers aux thermes, en attendant l'heure du dîner. Les nombreuses sources chaudes présentes en Italie méridionale ont facilité la création des établissements de bains collectifs, caractéristiques de la civilisation impériale romaine les thermes. Premières constructions à s'élever dans les colonies, l’hygiène fut leur fonction initiale. Par la suite, l’activité sociale remplaça la nécessité sanitaire. Les thermes devinrent ainsi un lieu de rencontre social, intellectuel et même professionnel où on parlait affaires». Les premiers bains publics apparurent au IIe siècle av. et étaient accessibles les jours de marché, c'est-à-dire tous les neuf jours. A Pompéi, ils datent du Ier siècle av. à Rome, ce fut Agrippa qui fit construire les premiers édifices thermaux en 33 av. A partir de cette époque, les thermes furent fréquentés quotidiennement par toutes les classes sociales riches, pauvres, libres ou esclaves. Au fil des siècles, ces établissements s'agrandirent et leur nombre s'accrût. A Rome, ils étaient offerts par les empereurs à qui ils coûtèrent de véritables fortunes, ne serait-ce que pour y faire amener l'eau nécessaire; dans les autres villes, leur construction était financée par quelque riche particulier. Au IVe siècle, Rome comptait environ 850 bains publics. Les principaux thermes sont ceux d'Agrippa au Champ de Mars, ceux de Néron, de Titus non loin du Colisée, de Domitien, de Trajan, de Caracalla, de Dioclétien et de Constantin. Dans les grands thermes, il existait des bains mixtes. En général, les femmes s’y rendaient le matin et les hommes l’après-midi ou le soir, avant le dîner. Quant aux pauvres, ils étaient heureux de s’y attarder pour y trouver le luxe, absent de leurs demeures et surtout pour oublier leur misère quotidienne. Dans les thermes plus petits, des horaires différents étaient appliqués pour les deux sexes. Chaque citoyen y consacrait en moyenne deux heures de son temps chaque jour. Les différents locaux étaient structurés selon des critères fondés sur la succession des opérations. Le baigneur gagnait l’entrée des thermes, muni de son matériel de bain huile, éponge et strigile et pénètrait dans le vestiaire apodyterium. Il passait ensuite dans la salle de bain chaud caldarium, eau à 40°C, ensuite dans une salle intermédiaire moyennement chaude tepidarium, eau à 25°C et, enfin dans la salle du bain froid frigidarium, fortement recommandé par le corps médical qui voyait en lui le remède miracle pour affermir les chairs. La piscine, ou natatio, était généralement située en plein air; celle des thermes de Dioclétien fait m². Hormis ces salles, les thermes les plus importants possèdaient un sudatorium étuve chaude et humide et un laconicum étuve sèche. Le baigneur parachevait son parcours en se rendant dans l’unctorium salle de soins, où il se faisait masser, épiler et frictionner à l’huile parfumée. Le massage pouvait durer longtemps et était suivi par l'épilation des aisselles que l'on pratiquait à l'aide d'une pince. Une pâte à base de saindoux et d'ellébore blanc était ensuite appliquée pour pallier à d'éventuelles démangeaisons. Dans les thermes les plus luxueux, les mosaïques et les peintures étaient nombreuses et dilataient en quelque sorte l'espace à l'aide de savants jeux de perspective. Les salles étaient immenses ainsi que les voûtes recouvertes d'or ou de riches mosaïques qui reposaient sur d'énormes colonnes dont les chapiteaux sont ornés de sculptures aux motifs mythologiques. Certaines salles possédaient peu d'ouvertures pour permettre d'emmagasiner la chaleur; d'autres avaient de vastes baies qui laissaient entrer généreusement la lumière. Elles pouvaient être aménagées selon divers plans et atteignent la perfection dans les thermes de Caracalla à Rome construits de 212 à 235, ils pouvaient accueillir 1600 baigneurs dans une enceinte de 337 mètres sur 328 et dans ceux de Dioclétien, situés au nord de Rome et érigés entre 298 et 305, qui s’étendaient sur 13 hectares et accueillaient 3000 baigneurs. Les murs, quant à eux, étaient épais pour éviter l'influence des températures extérieures. Le sol était un véritable tapis de marbre et de mosaïques somptueuses. En général, les baigneurs étaient tout à fait nus. Cependant, la mosaïque qui orne la salle des Dix Filles dans la villa de Piazza Armerina, représente les baigneuses vêtues d'un soutien-gorge fascia pectoralis et d'un slip subligar; cet ensemble est semblable à notre bikini moderne. Quant au prix d’entrée, il était peu élevé pour les adultes et l'accès gratuit pour les enfants. Tout au plus devait-on payer un quadrans, c'est-à-dire beaucoup moins que pour un litre de vin ou un petit pain. Les édifices thermaux les plus importants ne comprenaient pas que des bains. On y trouvait généralement un sphaeristerium salle de sport, des bibliothèques, des salles de jeux, des déambulatoires, des musées, des salles de conférences, un bar, des boutiques, des jardins qui devinrent de nouveaux espaces de promenade, des pelouses avec jets d’eau et bien évidemment des toilettes. Pour ce qui est du sport, il fut longtemps méprisé par les Romains alors qu'il était honoré par les Grecs. Les Romains trouvaient sa pratique inutile et ils étaient choqués par ces exercices que les Grecs pratiquaient nus. Peu à peu, l'hellénisation aidant, le Romain s'adonna à l'exercice physique, comme l'escrime, l'équitation, la natation,... Les jeunes gens s'adonnèrent ensuite à l'athlétisme et, par la suite, la gymnastique, pratiquée dans les stades, deviendra un spectacle très apprécié par la population. Autant de distractions qui firent concurrence à la rue et au forum. Des thermes de toutes les tailles furent construits du mur d’Hadrien jusqu’au Liban. Les plus majestueux sont, selon l’avis des experts, les thermes de Cluny à Paris. Signalons également les thermes de Bath, en Grande-Bretagne, remplis d’une eau de source chaude naturelle que les Romains trouvaient excellente pour la santé. Ce sont les aqueducs qui fournissaient l’eau alimentant les thermes. Stockée dans de grands réservoirs, elle était distribuée dans les différents bains, pour ensuite être évacuée par des égouts. Le chauffage de l’eau se faisait par le système d’hypocauste, ou circulation d’air chaud au travers de sols surélevés sur des piliers ou de murs à doubles parois. Souvent, le plancher était trop chaud pour les pieds des baigneurs qui devaient porter des socques en bois. Une main-d’œuvre considérable constituée d’esclaves était utilisée pour l’entretien des foyers et pour les massages. Les grandes villas suburbaines possédaient des thermes, alors que les maisons de la ville n’étaient dotées que de simples bains. ..

Etd'entonner, sur l'air de "Dans un amphithéâtre" : Dans notre pauvre théâtre (bis) Not' théâtre (ter) Y'avait un macchabée (ter) Macchabée (ter) Tsouin Tsouin Etc.. Ah s'qu'on s'emmerde ici / On se fait vraiment ch / On s'ennuie à mourir / Raz le bol de la Kulture / On en fera du pâté / Qui nous fera dégueuler. LE JUGEMENT SACRÉ . Cliquer sur les miniatures . L'ECHO JOLI

Victor Hugo est célèbre pour ses combats en faveur de la justice, ou plus exactement contre l'injustice celle des tribunaux comme celle de la société qui marginalise, voire criminalise les pauvres. Il est venu en aide aux condamnés, on sait à quel point il abhorrait la peine de mort cf. Claude Gueux ; Le Dernier jour d'un condamné. L'écrivain romantique a d'ailleurs préféré le chemin de l'exil après le coup d'Etat de Napoléon III, tant l'usurpation du pouvoir l'a révolté. Il n'a eu de cesse de dénoncer la tyrannie de cet usurpateur, depuis son île anglo-normande. Elu député à l'Assemblée, il a pris la défense des victimes de l'injustice ou de la misère ; selon lui, "ceux qui luttent contre l'injustice sont haïs", il affirmait ainsi "je suis haï, pourquoi ? parce que je défends les faibles, les vaincus, les petits, les enfants." Il ne mâchait pas ses mots pour parler du régime mis en place avec le 2nd Empire "ce gouvernement, je le caractérise d'un mot la police partout, la justice nulle part" et cette position idéologique transparaît dans ses romans, notamment Les Misérables. Victor Hugo n'hésite pas à évoquer ce monde injuste où certains mangent à leur faim et où d'autres doivent lutter pour obtenir une once de nourriture. Il souligne par exemple l'injustice qu'il y a à envoyer quelqu'un en prison parce qu'il avait besoin de nourrir sa famille. Jean Valjean incarne ce type d'homme, injustement condamné aux travaux forcés. La poésie dénonce aussi le sort des plus vulnérables que sont les enfants ou les femmes cf. "Mélancholia". Préface du Dernier jour d'un condamné extrait Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D'abord, – parce qu'il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore. – S'il ne s'agissait que de cela, la prison perpétuelle suffirait. À quoi bon la mort ? Vous objectez qu'on peut s'échapper d'une prison ? Faites mieux votre ronde. Si vous ne croyez pas à la solidité des barreaux de fer, comment osez-vous avoir des ménageries ? Pas de bourreau où le geôlier suffit. Mais, reprend-on, – il faut que la société se venge, que la société punisse. – Ni l'un, ni l'autre. Se venger est de l'individu, punir est de Dieu. La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d'elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas "punir pour se venger" ; elle doit corriger pour améliorer. Transformez de cette façon la formule des criminalistes, nous la comprenons et nous y adhérons. Reste la troisième et dernière raison, la théorie de l'exemple. – Il faut faire des exemples ! il faut épouvanter par le spectacle du sort réservé aux criminels ceux qui seraient tentés de les imiter ! - Voilà bien à peu près textuellement la phrase éternelle dont tous les réquisitoires des cinq cents parquets de France ne sont que des variations plus ou moins sonores. Eh bien ! nous nions d'abord qu'il y ait exemple. Nous nions que le spectacle des supplices produise l'effet qu'on en attend. Loin d'édifier le peuple, il le démoralise, et ruine en lui toute sensibilité, partant toute vertu. Les preuves abondent, et encombreraient notre raisonnement si nous voulions en citer. Nous signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu'il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n'a que dix jours de date. Il est du 5 mars, dernier jour du carnaval. À Saint- Pol, immédiatement après l'exécution d'un incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l'échafaud encore fumant. Faites donc des exemples ! le mardi gras vous rit au nez. Victor Hugo UNE INJUSTICEAlors qu'il revient d'un dîner chez Mme de Girardin, Victor Hugo est le témoin et l'acteur d'une scène qui lui inspirera l'altercation de Fantine et de M. Bamatabois dans les H. quitta d'assez bonne heure Mme de Girardin. C'était le 9 janvier. Il neigeait à flocons. Il avait des souliers minces, et, quand il fut dans la rue, il vit l'impossibilité de revenir à pied chez lui. Il descendit la rue Taitbout, sachant qu'il avait une place de cabriolets sur le boulevard au coin de cette rue. Il n'y en avait aucun. Il attendit qu'il en faisait ainsi le planton, quand il vit un jeune homme ficelé, et cossu dans sa mise, se baisser, ramasser une grosse poignée de neige et la planter dans le dos d'une fille qui stationnait au coin du boulevard et qui était en robe fille jeta un cri perçant, tomba sur le fashionable, et le battit. Le jeune homme rendit les coups, la fille riposta, la bataille alla crescendo, si fort et si loin que les sergents de ville empoignèrent la fille et ne touchèrent pas à l' voyant les sergents de ville mettre la main sur elle, la malheureuse se débattit. Mais, quand elle fut bien empoignée, elle témoigna la plus profonde que deux sergents de ville la faisaient marcher de force, la tenant chacun par le bras, elle s’écriait - Je n'ai rien fait de mal, je vous assure, c'est le monsieur qui m'en a fait. Je ne suis pas coupable ; je vous en supplie, laissez-moi. Je n'ai rien fait de mal, bien sûr, bien sûr !Les sergents de ville lui répliquaient sans l’écouter - Allons, marche ; tu en as pour tes six mois. - La pauvre fille à ces mots Tu en as pour tes six mois, recommençait à se justifier et redoublait ses suppliques et ses prières. Les sergents de ville, peu touchés de ses larmes, la traînèrent à un poste rue Chauchat, derrière l’ H., intéressé malgré lui à la malheureuse, les suivait, au milieu de cette cohue de monde qui ne manque jamais en pareille circonstance. Arrivé près du poste, V. H. eut la pensée d'entrer et de prendre parti pour la fille. Mais il se dit qu'il était bien connu, que justement les journaux étaient pleins de son nom depuis deux jours 1 et que se mêler à une semblable affaire c'était prêter le flanc à toutes sortes de mauvaises plaisanteries. Bref, il n'entra salle où l'on avait déposé la fille était au rez-de-chaussée et donnait sur la rue. Il regarda ce qui se passait, à travers les vitres. Il vit la pauvre femme se traîner de désespoir par terre, s'arracher les cheveux ; la compassion le gagna, il se mit à réfléchir, et le résultat de ses réflexions fut qu'il se décida à il mit le pied dans la salle, un homme, qui était assis devant une table éclairée par une chandelle et qui écrivait, se retourna et lui dit d'une voix brève et péremptoire - Que voulez-vous, Monsieur ?- Monsieur, j'ai été témoin de ce qui vient de se passer ; je viens déposer de ce que j'ai vu et vous parler en faveur de cette ces mots, la femme regarda V. H., muette d’étonnement, et comme Monsieur, votre déposition, plus ou moins intéressée, ne sera d'aucune valeur. Cette fille est coupable de voies de fait sur la place publique, elle a battu un monsieur. Elle en a pour ses six mois de fille recommençait à sangloter, à crier, à se rouler. D'autres filles qui l’avaient rejointe lui disaient Nous irons te voir. Calme-toi. Nous te porterons du linge. Prends cela en attendant. » Et en même temps elles lui donnaient de l’argent et des Monsieur dit V. H., lorsque vous saurez qui je suis, vous changerez peut-être de ton et de langage et vous m' Qui êtes-vous donc, monsieur ?V. H. ne vit aucune raison pour ne pas se nommer. ll se nomma. Le commissaire de police, car c'était un commissaire de police, se répandit en excuses, devint aussi poli et aussi déférent qu'il avait été arrogant, lui offrit une chaise et le pria de vouloir bien prendre la peine de s' H. lui raconta qu'il avait vu, de ses yeux vu, un monsieur ramasser un paquet de neige et le jeter dans le dos de cette fille ; que celle-ci, qui ne voyait même pas ce monsieur, avait poussé un cri témoignant d'une vive souffrance ; qu'en effet elle s'était jetée sur le monsieur, mais qu'elle était dans son droit ; qu'outre la grossièreté du fait, le froid violent et subit causé par cette neige pouvait, en certain cas, lui faire le plus grand mal ; que, loin d'ôter à cette fille - qui avait peut-être une mère ou un enfant - le pain gagné si misérablement, ce serait plutôt l’homme coupable de cette tentative envers elle qu'il faudrait condamner à des dommages-intérêts enfin que ce n'était pas la fille qu'on aurait dû arrêter, mais l' ce plaidoyer, la fille, de plus en plus surprise, rayonnait de joie et d'attendrissement. - Que ce monsieur est bon ! disait-elle. Mon Dieu, qu’il est bon ! Mais c'est que je ne l'ai jamais vu, c'est que je ne le connais pas du tout !Le commissaire de police dit à V. H. - Je crois tout ce que vous avancez, Monsieur ; mais les sergents de ville ont déposé, il y a un procès-verbal commencé. Votre déposition entrera dans ce procès-verbal, soyez-en sûr. Mais il faut que la justice ait son cours et je ne puis mettre cette fille en liberté. - Comment ! Monsieur, après ce que je viens de vous dire et qui est la vérité - vérité dont vous ne pouvez pas douter, dont vous ne doutez pas, - vous allez retenir cette fille ? Mais cette justice est une horrible Il n'y a qu’un cas, Monsieur, où je pourrais arrêter la chose, ce serait celui où vous signeriez votre déposition ; le voulez-vous ?- Si la liberté de cette femme tient à ma signature, la V. H. femme ne cessait de dire Dieu ! que ce monsieur est bon ! Mon Dieu, qu'il est donc bon !Ces malheureuses femmes ne sont pas seulement étonnées et reconnaissantes quand on est compatissant envers elles ; elles ne le sont pas moins quand on est attribué à Adèle Hugo Melancholia extraitOù vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellementDans la même prison le même sous les dents d'une machine sombre,Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de on ne s'arrête et jamais on ne quelle pâleur ! la cendre est sur leur fait à peine jour, ils sont déjà bien ne comprennent rien à leur destin, hélas !Ils semblent dire à Dieu Petits comme nous sommes,Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »O servitude infâme imposée à l'enfant !Rachitisme ! travail dont le souffle étouffantDéfait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,Et qui ferait - c'est là son fruit le plus certain ! -D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,Qui produit la richesse en créant la misère,Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !Progrès dont on demande Où va-t-il ? que veut-il ? »Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,Une âme à la machine et la retire à l'homme !Que ce travail, haï des mères, soit maudit !Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !O Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux ! Victor Hugo, Les Contemplations, Livre III Portrait de Cosette illustration des Misérables LES COMBATS DE VICTOR HUGO exemple des MisérablesCf. Lettre à LAMARTINE Témoignage de leur amitié et de leur admiration commune, cette lettre de Victor Hugo à Alphonse de Lamartine le 24 juin 1862 – parmi les cinq que le musée V. Hugo Paris conserve –, évoque les convictions et les ambitions profondes qui ont guidé la rédaction des Misérables. Mon illustre ami, Si le radical, c’est l’idéal, oui, je suis radical. Oui, à tous les points de vue, je comprends, je veux et j’appelle le mieux ; le mieux, quoique dénoncé par un proverbe, n’est pas l’ennemi du bien, car cela reviendrait à dire le mieux est l’ami du mal. Oui, une société qui admet la misère, oui, une religion qui admet l’enfer, oui une humanité qui admet la guerre, me semblent une société, une religion et une humanité inférieures, et c’est vers la société d’en haut, vers l’humanité d’en haut, et vers la religion d’en haut que je tends ; société sans roi, humanité sans frontières, religion sans livre. Oui je combats le prêtre qui vend le mensonge et le juge qui rend l’injustice. Universaliser la propriété, ce qui est le contraire de l’abolir, en supprimant le parasitisme, c'est à dire arrêter à ce but tout homme propriétaire et aucun homme maître, voilà pour moi la véritable économie sociale et politique. J’abrège et je me résume. Oui, autant qu’il est permis à l’homme de vouloir je veux détruire la fatalité humaine ; je condamne l’esclavage, je chasse la misère, j’enseigne l’ignorance, je traite la maladie, j’éclaire la nuit, je hais la haine. Voilà ce que je suis, et voilà pourquoi j’ai fait les Misérables. Dans ma pensée, les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la fraternité pour base, et le progrès pour cime. Maintenant jugez-moi. Les contestations littéraires entre lettrés sont ridicules, mais le débat politique et social entre poëtes, c'est-à-dire entre philosophes, est grave et fécond. Vous voulez évidemment, en grande partie du moins, ce que je veux ; seulement peut-être souhaitez-vous la pente encore plus adoucie. Quant à moi, les violences et les représailles sévèrement écartées, j’avoue que, voyant tant de souffrances, j’opterais pour le plus court chemin. Cher Lamartine, il y a longtemps, en 1820, mon premier bégaiement de poëte adolescent fut un cri d’enthousiasme devant votre aube éblouissant se levant sur le monde. Cette page est dans mes œuvres, et je l’aime ; elle est là avec beaucoup d’autres qui glorifient votre splendeur et votre génie. Aujourd’hui vous pensez que votre tour est venu de parler de moi ; j’en suis fier. Nous nous aimons depuis quarante ans, et nous ne sommes pas morts ; vous ne voudrez gâter ni ce passé ni cet avenir, j’en suis sûr. Faites de mon livre et de moi ce que vous voudrez. Il ne peut sortir de vos mains que de la Vieil ami Victor Hugo CHOSES VUES ouvrage posthume Hier, 22 février, j’allais à la Chambre des pairs. Il faisait beau et très froid, malgré le soleil et midi. Je vis venir rue de Tournon un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard ; trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, les pieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte et souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu’il couchait habituellement sur le pavé, la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain. Le peuple disait autour de lui qu’il avait volé ce pain et que c’était à cause de cela qu’on l’emmenait. En passant devant la caserne de gendarmerie, un des soldats y entra et l’homme resta à la porte, gardé par l’autre soldat. Une voiture était arrêtée devant la porte de la caserne. C’était une berline armoriée portant aux lanternes une couronne ducale, attelée de deux chevaux gris, deux laquais en guêtres derrière. Les glaces étaient levées mais on distinguait l’intérieur tapissé de damas bouton d’or. Le regard de l’homme fixé sur cette voiture attira le mien. Il y avait dans la voiture une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, belle, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures. Cette femme ne voyait pas l’homme terrible qui la regardait. Je demeurai pensif. Cet homme n’était plus pour moi un homme, c’était le spectre de la misère, c’était l’apparition brusque, difforme, lugubre, en plein jour, en plein soleil, d’une révolution encore plongée dans les ténèbres mais qui vient. Autrefois le pauvre coudoyait le riche, ce spectre rencontrait cette gloire ; mais on ne se regardait pas. On passait. Cela pouvait durer ainsi longtemps. Du moment où cet homme s’aperçoit que cette femme existe tandis que cette femme ne s’aperçoit pas que cet homme est là, la catastrophe est HUGO, Choses vues, 1888 Voici deux voleurs. Celui-ci est pauvre, et vole les riches. La nuit, il escalade un mur, laisse de sa chair et de son sang aux culs des bouteilles et au verre cassé qui hérissent le chevron, et vole un fruit, un pain. Si le propriétaire de ce fruit ou de ce pain l'aperçoit et prend son fusil et le tue, eh bien, tout est dit ; ce chien est tué, voilà tout. Si la loi saisit ce voleur, elle l'envoie aux galères pour dix ans. Autrefois, elle le pendait. Plus tard, elle le marquait au fer rouge. Maintenant les mœurs sont douces ; les lois sont bonnes personnes. La casaque, le bonnet vert et la chaîne aux pieds suffisent. Dix ans de bagne, donc, à ce voleur. Cet autre est riche et vole les pauvres. C'est un gros marchand. Il a maison en ville et maison de campagne. Il va le dimanche en cabriolet ou en tapissière, avec force amis roses, gras et joyeux, s'ébattre dans son jardin de Belleville ou des Batignolles. Il fait apprendre le latin à son fils. Lui-même est juré, électeur dans l'occasion prud'homme, et si le vent de la prospérité souffle obstinément de son côté, juge au tribunal de commerce. Sa boutique est vaste, ouverte sur un carrefour, garnie de grilles de fer sculptées aux pointes splendides, avec de grandes balances dorées au milieu. Un pauvre homme entre timidement chez le riche, un de ces pauvres diables qui ne mangent pas tous les jours. Aujourd'hui, le pauvre espère un dîner. Il a deux sous. Il demande pour deux sous d'une nourriture quelconque. Le marchand le considère avec quelque dédain, se tourne vers sa balance, jette dedans ou colle dessus on en sait quoi, donne au pauvre homme pour un sou de nourriture et empoche les deux sous. Qu'a fait ce riche ? Il a volé un sou à un pauvre. Il répète ce vol tant de fois, il affame tant de pauvres dans l'année, il filoute si souvent ce misérable sou que, de tant de sous filoutés, il bâtit sa maison, nourrit son cheval, arrondit son ventre, dote sa fille et dore sa balance. Il fait cela sans risques, sans remords, tranquillement, insolemment. Cela s'appelle vendre à faux poids. Et on ne le punit pas ? Si ! Il y a une justice dans le monde ! La loi prend parfois cet homme sur le fait. Alors elle frappe. Elle le condamne à dix jours de prison et à cent francs d'amende. Victor HUGO, Choses vues Victor Hugo Détruire la misère » 9 juillet 1849Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d'Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à préparer les lois relatives à la prévoyance et à l'assistance publique ». Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n'est pas fait, le devoir n'est pas rempli. La misère, messieurs, j'aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu'où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu'où elle peut aller, jusqu'où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ? Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant pour couvertures, j'ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de fumier des villes, où des créatures s'enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l'hiver. Voilà un fait. En voulez-vous d'autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n'épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l'on a constaté, après sa mort, qu'il n'avait pas mangé depuis six jours. Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon ! Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme, que ce sont des crimes envers Dieu ! Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre matériel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolidé !
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Nabuchodonosor, Jésus Christ, Alexandre le grand, Salomon, Agamemnon, Cléopâtre ou encore Hérode le grand, autant de noms qui évoquent en nous le mystère, le passé, les frontières entre légende et réalité qui sont parfois étroitement mêlées dans un espace-temps à jamais révolu . Ces échos d'un passé glorieux et parfois épique qui sont parvenus jusqu'à nous, font parfois parler d'eux dans l'actualité de nos sociétés toujours en quête de mythologie, de symbolisme ou de spiritualité. C'est ainsi que dernièrement, personne n'a pu échapper à la déferlante du Da Vinci Code de Dan Brown et à toutes les questions et les passions que ce roman a soulevé. Aujourd'hui, c'est un autre personnage qui est au centre de l'actualité de la découverte archéologique, car des archéologues israéliens menés par Ehud Netzer, prétendent avoir découvert la tombe du roi Hérode le Grand. Mais cette découverte est-elle vraiment attestée et qui était vraiment cet illustre personnage? Au premier siècle avant entre -37 et l'an 4 après Hérode le grand fut roi de Judée, territoire de l'antique Palestine. Il fut proclamé roi de Jérusalem en 40 avant avec l'appui des romains et le soutien de Marc Antoine et d'Octave le futur empereur Auguste. C'est dans une période toublée où règnent en Judée les conflits armés, les meurtres et les trahisons, que le roi Hérode va commencer son règne. Mais c'est seulement en 37 avant après avoir fait le siège de Jérusalem pendant près de six mois, qu'il va enfin devenir le "roi des juifs". Son adversaire, Antigone II Mattathias dernier roi Asmonéen, héritier de la longue lignée des Macchabées, famille juive ayant résisté à la colinisation héllénistique, sera décapité. Hé oui, que voulez-vous, une bonne décapitation il n'y a rien de mieux pour s'assurer que votre adversaire politique ne fera pas parler de lui aux prochaines éléctions... Mais que reste t-il aujourd'hui du roi Hérode? On se rappelle souvent de lui son hypothétique opération policière visant à identifier dans le berceau le futur sauveur, Jésus. Opération qui selon le témoignage des Evangiles, aurait conduit à la mise à mort de tous les enfants de moins de deux ans sur son territoire. Mais rappelons que cet épisode ne fut relaté que bien après les faits éventuels et que les propos des Evangiles sont souvent imprégnés de politique et de manipulations doctrinales essentielles pour créer une cohésion dans une religion naissante et encore à la recherche de sa légitimité à l'époque. Rappelons également que ce n'est que lors du fameux concile de Nicée en l'an 325, aujourd'hui la ville d' Iznik en Turquie, sous l'influence de l'empereur romain Constantin, que les fondements de l'Eglise catholique furent fixés. C'est pourquoi, il est toujours utile d'être prudent avec les informations obtenues par les sources bibliques et qu'il est souvent plus sûr de s'intéresser aux faits historiques avérés pour évoquer la mémoire d' Hérode. Même si dans la mesure du possible, il est toujours bon de diversifier sa documentation et de multiplier ses sources. Cependant, pour les passionnés de détails religieux et de paroles bibliques, voici tout de même un extrait de ce que nous pouvons apprendre sur Hérode dans l'Evangile de Mattieu au chapître deux. 1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l'Orient et nous sommes venus lui rendre hommage." 3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s'enquit auprès d'eux du lieu où le Messie devait naître. 5 "A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui est écrit par le Prophète 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'est certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda; car c'est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple." 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l'époque à laquelle l'astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant "Allez vous renseigner avec précision sur l'enfant; et, quand vous l'aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j'aille lui rendre hommage." 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à l'Orient, avançait devant eux jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant. 10 A la vue de l'astre, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin. 13 Après leur départ, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit "Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Egypte; restes-y jusqu'à nouvel ordre, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr." 14 Joseph se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Egypte. 15 Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, pour que s'accomplisse ce qu'avait dit le Seigneur par le prophète D'Egypte, j'ai appelé mon fils. 16 Alors Hérode, se voyant joué par les mages, entra dans une grande fureur et envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants jusqu'à deux ans, d'après l'époque qu'il s'était fait préciser par les mages. 17 Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie 18 Une voix dans Rama s'est fait entendre, des pleurs et une longue plainte c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, parce qu'ils ne sont plus Le massacre des innocents, par le peintre Rubens 1611/1612 Laissons les récits mythologiques et légendaires pour nous intéresser aux faits historiques et plus particulièrement au patrimoine architectural laissé par le roi Hérode. Il fut donc un roi bâtisseur en entreprenant la reconstruction de théâtre et d'amphithéâtre à Jérusalem et se lança dans la reconstruction du Temple de Jérusalem, celui bâtit selon la Bible encore elle , par le mythique roi Salomon dont l'existence n'est toujours pas avérée et détruit par le roi de Babylone Nabuchodonosor II en 586 avant et enfin qui aurait été reconstruit une première fois une soixantaine d'années plus tard. Mais rien ne prouve archéologiquement la présence d'un vaste temple à cet emplacement, si Salomon a réellement existé, il n'a peut-être été qu'un petit roi, gouvernant une très petite cité et donc ne construisant qu'un petit temple. Nous ne possédons que des descriptions virtuelles issues du Livre des Rois, des Chroniques et de La Prophétie d'Ezéchiel, sources toujours discutables, car non détachées de doctrine religieuse. Mais que voulez-vous, que le doute soit permi ou non, c'est toujours la même histoire, les hommes ressentent le besoin spirituel ou politique de s'inventer des mythes et des héros de légendes que l'histoire peine à authentifier. Mais bon celà fait toujours de belles histoires à raconter à nos enfants, tant que nous n'oublions pas de préciser qu'il s'agit bien là d'histoires mythiques ou légendaires.... C'est donc dans ce célèbre temple, que devait être gardés selon la tradition juive, les trésors du Temple sont le fameux chandelier sacré à sept branches appelé Ménorah et qui a peut-être été emporté à Rome pour le triomphe de l'empereur Titut et dont on peut voir une représentation sur l'arc de Triomphe de Titus à Rome, même si il n'est pas certain qu'il s'agisse là du dit chandelier, car celui présenté sur l'arc de correspond pas tout à fait à la description qu'en fait . Cependant une polémique récente pourrait laisser penser que le fameux chandelier ferait parti du trésor des catacombes du Vatican Source Shimon Shetreet, Jerusalem Post, 27/01/1996 . Derrière un mystère, il y en a toujours de nombreux autres... Ménorah sur l'arc de triomphe de Titus à Rome Le Temple aurait également abrité la célébrissime Arche d'Alliance contenant les Dix Commandements. Trésor mythique ou archéologique, une fois de plus nul ne le sait vraiment, même si notre non moins célébrissime archéologue de fiction Indiana Jones réussit à mettre la main dessus dans Les aventuries de l'Arche perdue. Mais revenons à Hérode qui entreprit donc une nouvelle reconstruction de ce temple qu'il restaura, ainsi que ses murailles. Ce sont les vestiges de ces murailles antiques qui constituent aujourd'hui le Mur des lamentations, qui est plus exactement le Mur occidental de l'antique temple. Restitution possible du temple au temps d'Hérode Vue actuel du Kotel Hamaaravi » mur occidental, appelé Mur des lamentations Ce temple sera détruit une fois de plus en 70 après sous le règne de l'empereur romain Titus. Revenons en à présent à la découverte qui nous intéresse aujourd'hui, celle de la tombe du grand roi. Si l'on en croit les archéologues israéliens cette tombe fut découverte sur la colline d' Hérodium à une douzaine de kilomètres de la ville de Jérusalem. Les fouilles ne sont pas récentes et ont été commencées en 1972, hé oui les archéologues prennent leur temps...Un peu trop ? Ne perdons pas de vue que pour certains archéologues, un sites de fouilles peut-être un fond de commerce...Ce n'est bien sûr pas la majorité des cas, loin de là même, mais certaines fouilles programmées traînent parfois un peu trop en longueur pour le peu de résultats scientifiques qu'elles livrent, mais fermons la paranthèse, c'est un sujet qui fâche le milieu. L'archéologue responsable des fouilles, Ehud Netzer nous livre ses impressions sur la découvertes "Nous avons commencé à comprendre que nous étions tout près de notre objectif quand nous avons découvert les premiers éléments du sarcophage. Deux d'entre eux sont ici. C'est un sarcophage monumental. Il y en a seulement un ou deux de ce type qui ont été découverts jusqu'ici." Vue aérienne de la zone de découverte du tombeau d' Hérode source Ohayon/AP C'est donc le sarcophage lui-même qui a été retrouvé dans les ruines du palais d'Hérodion il y a déjà plusieurs mois, puisque cette découverte date d'août 2006. Il faut tout de même préciser que les archéologues n'ont pas retrouvé d'ossements. Mais selon l'archéolgue Netzer il s'agit de la tombe d'Hérode les caractéristiques des vestiges du sarcophage - en pierre ocre de Jérusalem et ornés de rosettes - nous ont permis de conclure qu'il s'agissait du sarcophage d'Hérode ». Je ne suis pas un spécialiste de l'archéologie biblique, religieuse ou juive, ni un expert de cette période, mais mon bon sens me pousse tout de même à rester très prudent quant à cette interprétation et cette attribution du tombeau au roi Hérode. Je ne remets pas en cause les compétences de ces archéologues, mais la découverte eut lieu en territoire occupé et nous savons combien cette région est "bouillante" et combien une telle découverte peut avoir comme rôle politique. La présence de l'antique "roi des juifs" dans cette zone va voir affluer des pélerins et faire entendre les revendications sur la légitimité de la présence d' Israël en territoire occupé. Ainsi, restons prudents jusqu'à ce que des études ultérieures viennent confirmer ou infirmer les conclusions de cette découverte. Que cette découverte soit authentique ou non, l'archéologie "religieuse" reste passionnante, car elle soulève toujours les passions et les controverses. L'histoire est faite d'énigmes qui s'imbriquent les unes dans les autres et forment au fur et à mesure les grands mystères de l'humanité, qui pour la plupart d'entre eux, resteront sans doute irrésolus. Mais il est toujours stimulant de s'y intéresser et de voir combien ces sujets peuvent entretenir les polémiques. Vous avez tous constaté combien une simple histoire romancée sur fond de vérité, comme celle du Da Vinci code a pu enflammer les discours des uns et des autres. Combien le fait de toucher aux certitudes religieuses peut-être encore aujourd'hui au XXIe siècle dérangeant, voir même parfois dangeureux. Mais quoiqu'il en soit ces énigmes et ces mystères de l'histoire resteront fascinants et feront encore parler d'eux bien longtemps. L'essentiel serait que ces débats n'attisent pas la haine, comme cela peut-être le cas dans la région de la découverte qui nous intéressait aujourd'hui...Ah utopie quand tu nous tiens ! Bibliographie pour aller plus loin " Hérode le Grand Crimes et splendeurs sur la colline de Jérusalem ", Favre SA, 2005. et " Hérode le Grand, roi des Juifs ", Dargaud, 1986. " Chute du temple de Jérusalem ", Editions Complexe, 1999. -Coquet, " L'arche d'alliance ", Robert Laffont, 1984. et N .A. Silberman, " Les rois sacrés de la Bible A la recherche de David et Salomon ", Bayard Centurion et N .A. Silberman, " La Bible dévoilée ", Gallimard, Folio histoire, 2004. Yavait un macchabée (ter) Accablé, un flippé, un speedé tsoin tsoin. Pompons la merde, pompons la gaiment. Et envoyons au bain ceux qui sont pas des frères. Pompons la merde, pompons la gaiment. Envoyons sur les roses ceux qui sont pas contents. O muse prète-moi ta lyre. Qu'afin en vers je puisse dire.
Lors des résultats du concours d'admission de 1967 où je fus admis à la faculté française de médecine, un candidat, camarade de promotion du Collège des Frères de Tripoli, me demanda Pourquoi as-tu choisi la médecine?» Et moi de lui répondre Parce que je l'ai dans le sang.» Il me rétorque avec un certain dédain Quel jeune présomptueux!»Je suis né à la croisée de deux familles médicales». Mon grand-père paternel, le Dr Alexandre Aoun, dont je porte le nom avec fierté, promotion 1909 et triple lauréat de la faculté en obstétrique, pathologie interne et pathologie externe, pratiquait la médecine à Damour et Tripoli, au dispensaire des sœurs de la Charité. Il suivait ma mère lors de sa grossesse, lui déclamant des tirades de L'Aiglon d'Edmond Rostand, et comptait l'accoucher. Malheureusement, il est décédé quelques mois avant ma naissance, en 1950. Soixante ans après sa médaille 1969, je fus moi-même lauréat de la faculté en histologie et embryologie. Ma mère est issue d'une illustre famille de mandarins de Tripoli el-Mina, les Bendaly. Elle compte parmi ses cousins de nombreux médecins connus, certains décédés, d'autres encore vivants. J'ai vécu mon enfance et mon adolescence dans cette ambiance. Qui donc est mieux placé que moi pour parler de cette faculté?– Ma faculté de médecine, c'est la chapelle simple de l'amphithéâtre K et l'amphithéâtre C où l'on projetait tous les mardis soir les films médicaux apportés de la Mission culturelle française par le père Madet, alors chancelier de la faculté et éminent parasitologue.– Ma faculté, c'est l'amphithéâtre d'anatomie où on entonnait, en attendant le début du cours, une ancienne chanson de salle de garde, provoquant un certain tohu-bohu ... Dans un amphithéâtre, y avait un macchabée...» Et le professeur Serhal nous imposait le silence pour donner son cours. C'est aussi le responsable de la salle de dissection, Élias, surnommé le Croque-mort», qui nous procurait le matériel pour les études de dissection ostéologie, pièces de squelette qu'un de mes collègues d'Alep a tellement bouillies dans sa chambre qu'il s'est dégagé de la marmite une énorme fumée et une odeur suspecte, provoquant un scandale chez sa propriétaire.– Ma faculté, c'est la bibliothèque où régnait le silence sous la supervision l'avant-midi de César, propriétaire d'une ancienne Chevrolet 1950 garée devant la bibliothèque. L'après-midi et le soir, c'était Mme Césarienne», dont je n'ai jamais appris le vrai nom.– Ma faculté, c'est le département d'embryologie et cytologie tenu par le père Flamet et M. Artine. Ce même père Flamet qui utilisait le microscope pour nous montrer les coupes d'histologie.– Ma faculté, c'est le bassin d'eau près de la bibliothèque, avec des feuilles pourries, non loin des serres de plantes exotiques entretenues par le père Madet. Ce bassin constituait pour les étudiants une limite à ne pas dépasser car, plus loin, il y avait un jardin et des sentiers réservés aux pères qui s'y promenaient, méditant et récitant les vêpres. Ce même jardin a servi plus tard pour les déjeuners et dîners champêtres après le départ des pères.– Ma faculté, c'est la fameuse salle verte» où on venait avec les copains étudier, mais avec la permission de parler et discuter à haute voix des différents sujets médicaux.– Ma faculté, c'est le portier Anis durant la journée et Foursane le soir, qui nous racontaient leurs prouesses dans l'armée française.– Ma faculté, c'est le restaurant le Carabin en face de la porte d'entrée où l'on était servi par Rafic, en regardant et critiquant les copains et les copines sortant et rentrant par la porte principale. C'est aussi la table de billard» dans une autre salle où les plus paresseux se plaisaient à perdre leur temps.– Ma faculté, c'est aussi les petits magasins d'en face situés près de la cathédrale grecque-catholique, la sandwicherie de Yanni l'invalide et Malek avec ses journaux.– Ma faculté, c'est la Maternité française construite dans les années 30, où j'ai fait mon stage d'interne en gynécologie-obstétrique, et fermée lors de la guerre de 1975. Je me rappelle son beau petit jardin parsemé de coquelicots et de pensées. Maternité tenue par les sœurs des Saints-Cœurs, dont l'une, sœur Berthe, est originaire de Damour.– Ma faculté, c'est, un peu plus loin, le foyer de l'École sociale de mère Sara où je rencontrai des filles, la plupart nordistes.– Ma faculté, c'est le stade du Chayla où l'on déjeunait Chez Jano» avec quelques enseignantes du lycée avant de regagner le foyer de la cité Gabriel Bounoure», propriété de la Mission culturelle française transformée en foyer pour les étudiants venus de Tripoli. Sans oublier, plus loin, le snack La Roussalka, célèbre avec ses pirojkis et sa salade russe, où l'on dînait le soir avec des copines étudiantes.– Ma faculté, c'est le souvenir des pères jésuites qui la dirigeaient avant de la laisser aux enseignants libanais, ces pères érudits qui, habillés simplement, ont éduqué nombre de personnalités libanaises. C'est le père Claudius Chanteur, jugé par une haute cour martiale ottomane pendant la Première Guerre mondiale, c'est le père Madet, chancelier, le célèbre père Dupré La Tour. Qui d'autre que le père Madet, comprenant ma situation économique précaire d'étudiant, aurait pu m'offrir la série Pathologie médicale» de Péquignot pour préparer à Tripoli le concours de l'Hôtel-Dieu de septembre 1972, la bibliothèque de la faculté étant fermée pour les vacances d'été? Avant d'être terrassé par une hépatite virale, il demande aux étudiants, lors d'un cours de parasitologie sur la thalassémie, la traduction en grec du mot mer». Et moi, imprégné de l'histoire d'Ulysse de Joachim du Bellay, répondis Thalassa, thalassa» devant mes camarades d'autre que le père Flamet, conservateur de la bibliothèque, aurait pu m'entourer de son attention lors des travaux pratiques d'histologie ? Il termina ses jours aveugle, à la maison de retraite des pères jésuites à Bickfaya, après la destruction de la faculté et de sa bibliothèque durant les années de la guerre d'autre que le père Dumas aurait pu diriger avec brio les travaux pratiques de physique dans un bâtiment complètement détruit par un camion bourré d'explosifs lors de la guerre libanaise? Il est mort, atteint par une balle de franc-tireur, au retour d'une messe célébrée au foyer de la mère Sara. Il nous racontait entre les cours ses aventures en Chine, à l'observatoire des pères jésuites à Tonkin.– Ma faculté, ce sont les autres pères jésuites, le père Loiselet, qui dirigeait le laboratoire de biochimie du temps des premiers balbutiements sur la structure de l'ADN, et le père Hewitt, responsable du premier microscope électronique au Moyen-Orient, volé lors de la guerre ce legs culturel et affectif depuis la construction de la faculté, fin XIXe siècle, et tout ce flot de souvenirs ont été transférés à des Libanais après 1975-1990. Leur ont-ils été fidèles? Moi, je ne m'y reconnais plus, mais je perpétuerai tes souvenirs, chère faculté, dans ma tête et mon cœur. C'est une façon d'exister qui constitue mon seul avantage sur le temps qui passe. Dr Alexandre AOUNChirurgien gynécologuepromotion 1974 Lors des résultats du concours d'admission de 1967 où je fus admis à la faculté française de médecine, un candidat, camarade de promotion du Collège des Frères de Tripoli, me demanda Pourquoi as-tu choisi la médecine?» Et moi de lui répondre Parce que je l'ai dans le sang.» Il me rétorque avec un certain dédain Quel jeune présomptueux!»Je suis né à la croisée de deux...
Dansun amphithéâtre Extraits MP3: [Sol] Dans un am[Re] phithéâtre Dans un am[Sol] phithéâtre [Mi7] Dans Tsouin,[Sol] tsouin! Y'avait un macchabée (Ter) Macchabée (Ter) Tsouin, tsouin Qui sentait fort des pieds (Ter) Fort des pieds (Ter) Tsouin, tsouin Ce macchabée disait (Ter) Il disait (Ter) Tsouin, tsouin Ce macchabée gueulait (Ter) Il gueulait (Ter) Tsouin,
I. — LES JUIFS. De toutes les entreprises dirigées contre Dieu, il n'en est pas de plus odieuse et de plus ridicule que la prétention des Juifs à le représenter sur terre. Un seul Dieu, le nôtre ; un seul temple, le nôtre ; un seul peuple, le nôtre, voilà toute la religion des Juifs. On s'explique qu'avec une telle foi, exclusive de tout le reste de l'humanité, les Juifs n'aient jamais pu trouver le chemin du cœur, et que, pour les admettre dans la grande famille sociale, on ait été si souvent obligé d'en appeler de l'instinct à la raison, et du préjugé à la justice. Dieu a fait la terre pour les hommes, et comme elle est toute petite en comparaison de lui, ils se sont rencontrés dès les premiers jours. Pour des sauvages, se rencontrer, c'est se battre. Pour les gens civilisés, se battre, c'est se fondre. Les nations se forment de peuplades fatiguées d'être tribus, de tribus lasses d*être familles. Emportées par un mouvement dont nous ne percevons que les effets, elles capitulent selon la loi du plus fort, les unes s'affaiblissant par la victoire, les autres se fortifiant par la défaite, car il n'est pas de règle en ces hautes matières. Entre tous les peuples anciens dont l'histoire nous intéresse ou nous éblouit, un seul nous inquiète et nous étonne c'est le juif. Le mystère de ses origines est pour peu dans le sentiment de curiosité qu'il nous cause. Il n'importe qu'il vienne de Crète, de l'Inde, de la feue Atlantide ou de plus loin encore. Ce qui nous frappe, absolument comme dans un animal, c'est la faculté qu'il a de se hérisser, de se mettre en boule, et de rouler toujours sans s'user jamais. Avec cela, un pouvoir inouï de résistance et d'envahissement ; c'est là dureté du kyste combinée avec l'avidité du cancer. Presque toujours vaincus sauf quand ils combattent contre eux-mêmes, esclaves ou maîtres, le plus souvent parasites, quelquefois exportés tout entiers comme une cargaison de chair et d'os, ruinés chez eux, ruinant les autres, en quelque état que la fortune les ait mis, les Juifs font carrière dans l'exil et fortune dans la misère. On les opprime, on ne les comprime pas. On les écrase, on ne les détruit pas ; on les humilie, on ne les abaisse pas ; même quand on les dépouille, on ne les appauvrit pas. Et ce serait un spectacle étrangement beau que l'histoire des Juifs, si l'on y pouvait découvrir une seule page je ne dirai pas d'amour, mais de considération pour les autres hommes. Ils ont répandu autour d'eux une telle semence de haine que cette semence germe encore après trente siècles écoulés. Les Grecs sont les premiers qui aient essayé de les réduire autrement que par les armes. Toutefois il leur fallut longtemps pour monter jusqu'à la Ville Sainte où était l'âme des Juifs, enfermée dans le Temple et dans la Loi. On les vit d'abord dans les colonies d'Alexandre comme Pella, Mygdonie, Piérie, Gérasa, Dium, mais la Galilée leur resta close. Lorsque la domination de Rome se fît sentir dans l'Orient, l'influence grecque diminua politiquement, mais elle avait déjà pénétré la langue, malgré la réaction des synagogues. Un peu delà pensée hellénique, plus claire, plus douce,, se glissait dans ces têtes aussi dures que la dure assiette du Temple. Il y eut d'heureux scandales un grand prêtre helléniste ; un autre encore ; une citadelle grecque en face de Sion, avec Jupiter Olympien dans le temple ; puis, malgré les Macchabées, des monnaies judéo-grecques, et, malgré le vieux parti pharisien, une certaine détente d'idées et de mœurs, la joie du boire, du manger et du reste montrant le nez dans des livres à demi sacrés comme l'Ecclésiaste. Lorsque la traduction en grec des livres dits saints fut décidée, il se trouva dans chaque tribu six hommes sachant assez la langue pour faire ce travail difficile. Le courant était devenu assez fort, un siècle avant Tibère, pour donner la couleur hellène à une société religieuse d'origine juive, celle des Esséniens. Il semble qu'on y ait enseigné le grec, puisque l'historien Josèphe fut leur disciple pendant trois ans et qu'il les quitta parlant cette langue et l'écrivant comme la maternelle. Semblables pour les mœurs aux caloyers des Iles ioniennes, les Esséniens avaient mis la mer Morte entre Jérusalem et eux, vivant du travail commun dans une commune discipline, pacifique confrérie d'environ quatre mille individus dont on ne soupçonnerait même pas l'existence si deux Juifs hellènes, Josèphe et Philon, et Pline, Romain trempé d'hellénisme, ne nous en avaient curieusement parlé Josèphe, avec une certaine reconnaissance[1]. Les Juifs d'Egypte, les Alexandrins surtout, sans cesser d'être Juifs étaient moins farouches que ceux de Jérusalem. Ceux-ci, par contre, s'étaient rejetés au fond du pharisaïsme, prétendant détenir le secret des textes hébreux, revendiquant le monopole des interprétations vraies, s'indignant au dedans d'eux-mêmes que ceux d'Alexandrie s'ingérassent d'en discuter, de les révéler dans une langue impie. Sans doute, lorsque les Juifs d'Alexandrie venaient au Temple adorer le vrai Dieu, les mains pleines de présents, ils étaient accueillis comme des frères, mais comme des cadets qui ne doivent parler qu,après les aînés, et plus bas, à la table de famille. II. — L'ESPÉRANCE D'ISRAËL. Je n'ai point à chercher si l'exécration encourue par les Juifs — c'est le mot d'Isaïe — a des causes ethniques[2]. Mais j'ai à chercher si elle en a de religieuses, et j'en trouve une qui rentre dans mon sujet, car elle appartient à l'histoire c'est l'idée de la prédestination des Juifs à gouverner le monde. Cette idée se traduit au dehors et au dedans par cette formule très simple Dieu nous a faits maîtres des hommes, et il le prouvera un jour par son Christ. L'idée christienne a varié avec les temps. Elle a été plus ou moins aiguë, plus ou moins lancinante pour quelques-uns, minorité infime, ère de réparation, mais tellement sûre que les païens eux-mêmes y sont tolérés après circoncision ; pour la plupart, ère vengeresse où le Juif tient tous les autres hommes sous le talon. La personne du Christ est souvent absente ; Dieu n'a pas besoin de Messie, il fait ses affaires lui-même. Seul son Jugement est certain, jugement fait d'avance, dicté par les prophètes et tout entier en faveur des Juifs, à part quelques apostats et quelques impies équitablement précipités dans l'enfer. Petit à petit, l'idée prend corps dans un envoyé de Dieu qui détient pour plus ou moins de temps, avec des attributions plus ou moins étendues, une parcelle du pouvoir divin, puis grandit dans les imaginations surchauffées, occupe toute la terre et tout le ciel, cachant un peu Iahvé par sa stature colossale. Tout Juif portait en lui l'idée christienne comme en vase clos. Au point où elle était sous Auguste, il ne restait plus qu'à régler protocolairement la réception du Messie in persona et specie. Il était d'autant plus -attendu qu'il était nécessaire. Qu'un Messie dût venir, pas un Juif n'en doutait. Mais sous quelle forme, avec quels pouvoirs, à quelle époque et pour combien de temps ? Autant de questions sur lesquelles on se divisait. Et comme toujours on revenait aux prophètes, divisés eux-mêmes sur son rôle et sur sa personne. Une fois venu, que fera-t-il ? Sera-t-il le Christ-Epée, le grand Messie régnant sur le monde enjuivé ? Sera-t-il un peu moins le Messie pratique qui commence par libérer le territoire, quitte à aviser ensuite ? Sera-t-il le Messie-Juge partial, bien entendu qu'a entrevu le Psalmiste ? Voilà sur quoi les Juifs pouvaient différer d'opinion selon leur tempérament ou leur éducation. Ce qu'il importe de savoir, c'est si, avant la confection du Jésus des Evangiles, ils avaient entrevu le Christ-Martyr, contraire à toutes leurs Ecritures, voire celles d'Isaïe, à toutes leurs espérances, à la définition même du Messie. Nulle part ce pis-aller n'eût été plus déplacé que parmi les Galiléens, chez qui s'incarnait l'idée d'intransigeance patriotique. Là il eût été non -seulement anormal, mais impie, injurieux. Un Messie-Martyr eût été un monstre, une Bête comme aucune Apocalypse n'en avait entrevu dans ses cauchemars les plus effroyables. Car, dans leur soif de puissance encore plus que de liberté, les Juifs étaient allés jusqu'à donner le nom de messie à un païen qui les avait servis. Dans Isaïe Iahvé appellera Cyrus son soldat et son christ, bien que Cyrus s'incline devant d'autres dieux ; mais il a obligé les fils d'Israël, il les a renvoyés dans leur maison, cela suffit Je te ceins, dit Iahvé, alors même que tu m'ignores ! Un Juif hardi pouvait donc réclamer pour lui, fils d'Israël ou de Juda, le nom que Iahvé avait donné à un païen par la bouche d'Isaïe, mais ce nom une fois pris, il fallait le mener à la victoire. C'est surtout pendant les occupations étrangères, les captivités, les servitudes que le christianisme s'exaspère. Lorsqu'avec Pompée, Rome s'établit sur la terre juive, la Louve fut une Bête nouvelle — la Bête de l'Apocalypse — dont les Juifs firent le tour avec une curiosité indignée. Les Écritures l'avaient prévue et annoncée, cette Bête vomie par l'Occident, mais il y a des choses qu'on ne croit qu'en les voyant. Toutes les autres Bêtes étaient venues d'Assyrie, de Macédoine ou d'Egypte on était habitué à leur poil et à leur cri, mais là vraiment, Bête nouvelle, Bête hérissée de crocs, de griffes, armée d'une gueule d'où sortait un bruit atroce, la langue des tribuns, des centurions et des aquilifères. Dans l'arsenal des docteurs et des scribes, aucun christ capable de lutter contre cette Bête-là, contre ce Dragon de pourpre et de fer dont la queue s'appuyait sur la pointe des îles britanniques. Des trois sectes qui se partageaient la Judée, deux sont avant tout des partis politiques. Nous défalquons les Esséniens qui, vivant reclus, peu nombreux en somme et plus vénérés que puissants, goûtent, au milieu des pires tourmentes juives, les douceurs de la vie agreste et de la retraite volontaire. Les Saducéens sont un clan de grandes familles, une caste plutôt qu'une secte. Tout leur est bon, le grec et le romain, pourvu qu'ils soient aux places, et que, faisant le sanhédrin, ils le gouvernent. Juifs d'abord, cela est évident, mais de sentiment patricien, étrangers au peuple et cherchant secours n'importe où pour posséder, conserver et conduire. Les Romains trouvèrent en eux des hommes tout prêts à partager les profits et à contenir par en haut ces bourgeois de Pharisiens qui d'en bas, appuyés sur la masse, montaient à Tassant des charges et gagnaient chaque année quelques échelons. Certains de ces Pharisiens, plongeant dans le peuple par les racines, avaient fini par se nouer avec lui, épousant ses haines, compatissant à ses misères, s'enfonçant en terre juive profondément pour y pomper quelque sève inconnue. Les Pharisiens, qui professaient l'idéal patriotique de toute la nation, se fussent contentés d'un messie davidique, d'un descendant quelconque de ce Napoléon juif à qui Iahvé avait fait de si magnifiques promesses. Un héros guerrier qui ne pactisât point avec Rome eût suffi à toutes leurs ambitions, et même ils lui eussent pardonné quelques-uns des vices d'Hérode pourvu que sa filiation fût régulièrement établie. Voilà le messie qu'attendaient la plupart des Juifs messie capable de plusieurs choses réservées à Iahvé. Le Dieu des Juifs n'avait certainement pas son compte dans ce messie-là, mais les Pharisiens y eussent trouvé le leur. Ils n'en entrevoyaient pas d'autre qui pût leur rendre le gouvernement du Temple passé aux Saducéens. Que d'horribles visions Rome avait réveillées ! Le Temple pillé sous Antiochus Epiphane, les sacrifices abolis pendant plus de trois ans, la circoncision défendue, et, chose pire que tout, la plus impure des bêtes, le pourceau sacrifié sur l'autel au lieu de l'agneau sans tache ; un second Temple bâti dans Héliopolis, comme s'il y avait deux Iahvé, deux peuples juifs ! Jérusalem assiégée de nouveau sous Hircan, cet Hircan obligé de violer la tombe de David qui contenait trois mille talents pour en donner trois cents à Antiochus, et achetant le salut de la ville au prix d'un sacrilège ; Pompée emportant le Temple d'assaut, les sacrificateurs immolés en vaquant aux choses saintes ; les barbares pénétrant dans le Saint des Saints, violant Dieu ; le chandelier, les lampes, la table d'or, les vaisseaux d'or pour les encensements, les parfums, le trésor sacré, souillés par leurs regards profanes ; tout l'or du Temple, avec les deux mille talents que Pompée n'aVait pas pris, enlevé par Crassus ; Jérusalem assiégée de nouveau par Félix, puis par Antigone, prétendant assisté des barbares, et cette fois, la bataille livrée en plein marché, le camp ennemi posé en plein Temple, la ville occupée par les Parthes ! Pour comble de misère, Jérusalem assiégée par Hérode pendant cinq mois avec l'appui des Romains ; le roi de Judée obligé de conquérir sa capitale sur d'autres Juifs, puis de défendre le Temple contre l'indiscrète badauderie des troupes romaines associées à sa victoire ! Enfin ne suffisait-il pas d'avoir des yeux pour comprendre qu'Hérode, le dernier roi qui méritât ce titre, n'avait pu constituer son royaume que par la grâce d'Auguste succédant à celle d'Antoine ? La Judée ne se survivait à elle-même que par la pitié des Romains. III. — LE REFUGE DU FANATISME. Blessé par ces spectacles offensants, le fanatisme s'était réfugié soit en Galilée, la vieille Terre promise, la terre de lait et de miel, la terre de vin et d'huile, le Jardin et le Grenier de la Judée, soit dans les districts forestiers de TransJordanie. Vaillants, batailleurs même, ici bateliers habiles, là rudes bûcherons, les Galiléens étaient bien près de considérer le Carmel, qui avait été à eux avant d'être aux Tyriens, et le Basan, le Basan surtout, comme leurs montagnes saintes, rivales du Garizim samaritain et de Sion. Supportant mal les limites que la politique leur avait assignées, ils aimaient à franchir celles que la nature leur dessinait entre la Phénicie qui leur cachait la mer, les montagnes qui leur barraient la Syrie, le Grand Champ qui les séparait de la Samarie, le lac de Génézareth et le Jourdain qui les baignaient à l'orient. L'idée messianique flambait en Galilée, l'attaque et la fuite étant plus faciles à cause de la montagne au nord, et du désert à l'est. Jamais de révolte au sud, serré entre les légions de Césarée et celles d'Egypte, point de refuge dans les villes du littoral toutes grecques ou toutes phéniciennes et qui avaient l'horreur du Juif ; l'émeute gronde toujours dans le pays adossé aux cavernes et aux forêts du Liban, et qui s'ouvre à l'Orient sur l'immensité du désert. Le bûcheron avec sa cognée, le pêcheur avec sa rame, le moissonneur avec sa faux, voilà les soldats de l'idée ; leur cœur se soulève quand une cuirasse romaine fait une lueur de cuivre sur le fond vert des oliviers. La grande voie qui monte vers Damas traverse le pays avec sa cohue de marchands païens où qu'on se tourne, c'est Satan qui passe. Il n'y a pas là que des paysans exaltés. La Galilée n'avait point cessé d'être un repaire de brigands, toujours bien armés de belles armes qu'on trempait au Jourdain. Hérode qui très jeune en avait eu le gouvernement, du temps de César, avait fort agi contre eux, et laissé le souvenir d'un homme qui entendait mal la liberté du pillage. Et plus tard, la figure d'Hérode fut l'épouvantail des montagnards galiléens, un croquemitaine pour les enfants de cette gent émeutière et dévotieuse. C'est en Galilée qu'Hérode avait grandi dans l'esprit des Juifs et s'était insinué dans la confiance des Romains, allant au-devant du tribut par des cadeaux, achetant la couronne sur les produits de la contrée. C'est par la Galilée qu'il rentra en Palestine, quand de Rome il revint roi. Il retrouva les mêmes hommes de caverne, à qui l'air de l'indépendance semblait aussi important qu'à Hérode la couronne de Judée, bandits luttant à force ouverte contre tout le monde Romains, Tyriens, Séphoritains et Galiléens de plat pays, rebelles à tous et souvent à leurs chefs, escarpés comme leurs montagnes, altiers comme leurs cèdres il n'eut raison de ces troglodytes qu'en les murant ou en les faisant cuire. Tandis que le Temple, reconstruit par lui en la quinzième année de son règne, veillait de loin sur la religion de Moïse, il semblait, à voir les villes nouvelles et leurs monuments païens, que Jérusalem fût vouée à Auguste et la Judée au Sénat. Les vieux noms hébreux s'effaçaient de la carte et des plans ce n'étaient que Césaréon, Agrippion, Sébaste, Césarée à Sébaste un temple d'Auguste s'éleva ; à Panéas, un autre tout de marbre blanc, d'autres encore la Tour de Straton, hier rade ouverte et battue par les vents d'Afrique, devient, sous le nom de Césarée, un Pirée juif, avec un peu de la splendeur romaine, des statues d'Auguste et de Rome, un théâtre, un amphithéâtre, une ville neuve où Israël se cogne dans Rome et culbute dans Athènes. Magnifique, voire au dehors, Hérode avait comme redoré le blason juif dans les îles, dans les grandes villes de Syrie, de Grèce même. En mourant il laissera aux Juifs le souvenir d'un roi tolérant pour les païens, aux Galiléens celui d'un tyran monstrueux et, qui sait ? capable de trahir Sion pour le Palatin. Superbe en tout même en forfaits, aïeul de Barbe-Bleue, avec les neuf femmes qu'il eut, fécond en assassinats, personne ne fut plus criminel envers ses enfants, personne n'eut d'enfants plus criminels envers leur père et envers eux-mêmes. Par le père, par les enfants, par les serviteurs, la famille d'Hérode fut l'école de toutes les cruautés. La fameuse prophétie de Jacob Le sceptre ne se départira point de Juda, ni le Législateur Moïse, image de la Loi d'entre ses pieds jusqu'à ce que le Scilo Christ vienne, avait reçu des démentis répétés. Depuis la captivité de Babylone, il n'y avait eu de Juda que Zorobabel après quoi, sceptre et Loi, tout était allé de mal en pis pour la tribu qui pourtant avait absorbé toutes les autres dans le grand nom de Judée. Le sceptre et la Loi s'étaient départis de Juda pour passer aux Asmonéens et aux Iduméens, on allait voir les Romains réclamer le serment et l'impôt. Et le Scilo ne tenait pas ! Il était temps que Iahvé suscitât un messie qui fit cesser cette abomination. C'était bien le moins qu'avant de régner sur les autres hommes le Messie qu'on pourrait appeler constitutionnel, commençât par délivrer les Juifs des Hérodiens et des Romains. On se fût contenté de celui qui aurait commencé par là, un messie libérateur du territoire, Hérode n'étant au fond qu'un préposé de la puissance romaine, vivant à la romaine, le plus souvent hors de Jérusalem ou dans des villes façonnées à la romaine, avec des théâtres et des cirques. Les Juifs, qui avaient le sentiment national, regardaient ce roi nominal comme un vendu, un fermier-général couronné, un roi-publicain. Il y eut de la poussière messianique au-dessus du Jourdain on en était comme aveuglé. Chacun put espérer se faire roi-prophète pour commencer. Pour détourner les prophéties de leur sens, il suffisait d'en effacer la date. Alors elles revivaient, rajeunissaient. Les plus vieilles, n'ayant plus d'âge, redevenaient fraîches, dataient d'hier, bonnes pour aujourd'hui et pour demain. Point de Juif de basse naissance qui n'y pût trouver une phrase pour lui, passer ainsi de la charrue à l'épée, sauter de l'étable au palais. Un berger, un gardeur de moutons pouvait, sans ridicule, jeter son bâton au vent et lever des hommes pour assaillir le trône vacant de David. Il y avait toujours dans le village de petits prophètes assez grands pour lui trouver les signes et le proclamer Oint. Messie d'occasion, l'occasion en débarrassait la terre. Coq de village, il perdait la crête au village voisin où se levait un autre messie combats de coqs. Le pauvre messie, les yeux crevés, les pattes en sang, gisait devant la haie qui donnait de l'ombre à ses bêtes. IV. — JEHOUDDA LE GAULONITE. En ces temps désespérés, Auguste étant maître du monde, un homme de la tribu de Lévi, nommé Jehoudda eut des Révélations. Il était du même sang qu'Abia, fils de Samuel, et, d'autre part, il descendait du roi David. Juif complet, il pouvait prétendre à la grande-prêtrise et à la couronne. Né dans un bourg de Gaulanitide, Gamala, nid de vautours haut perché sur la rive orientale du lac de Génézareth, il avait grandi sous Hérode, sa famille avait souffert d'Hérode, gouverneur de la Galilée, elle souffrit d'Hérode, roi de Judée, elle souffrira de tous les fils d'Hérode l'ennemi, ce n'était pas seulement César, c'était Hérode, l'esclave iduméen affranchi par Rome. Ces Iduméens n'avaient embrassé le judaïsme que par force sous Hircan c'étaient des profanes et des usurpateurs. On a accusé Antipas, père d'Hérode, d'avoir adoré Apollon dans Ascalon. Iahvé retirait sa main de son peuple, et il semblait que, condamnant tous les prophètes qui promettaient aux Juifs l'empire du monde, il n'écoutât plus que la voix de Balaam, ce misérable devin de Chaldée. Une fureur jalouse s'alluma dans le cœur de Jehoudda lorsque, crevant les murs du vieux Temple, Hérode édifia le Iahvé-Palace qui fit l'admiration de tous les Juifs jusqu'à la chute de Jérusalem. Jadis face à l'orient, l'entrée était maintenant au sud, tournée vers le pays natal d'Hérode. Israël passait après Edom. La terrasse orientale, l'aire sacrée sur laquelle s'élevait le Portique de Salomon, c'était maintenant la Cour des Gentils. Les païens foulant aux pieds la terrasse par où le soleil entrait dans le Temple, quelle impiété ! Plan, élévation, contenance, tout cela était dans Ezéchiel ; de quel droit, changeant le sens de la construction, l'iduméen faisait-il de l'entrée principale une porte de côté, de l'aire aux Juifs une cour de Goym ? Moïse avait tourné le tabernacle vers l'orient, afin qu'à son lever la gloire du Seigneur y lançât ses premiers rayons ; Hérode avait trahi la Loi en le plaçant face au sud, et les prêtres avaient laissé faire ! Au lieu de présenter la figure à l'occident pour adorer, comme le voulait Ezéchiel, on allait la présenter au nord. Ce jour-là, le Seigneur devint, comme dit l'Évangile, la pierre que les bâtisseurs ont rejetée, et le Temple hérodien fut la maison maudite sur laquelle il avait à venger l'affront qui lui était fait. V. — LA RÉVÉLATION DU VERBE-CORPS. Evincé du trône et de l'autel par Hérode, entraîné par les doctrines d'un certain Joshua ben Peraia, dont on ne sait rien sinon qu'il était versé dans toutes sortes de kabbales[3], Jehoudda chercha le sens secret des Ecritures juives, le sens de derrière la lettre, celui qui échappait aux Saducéens ou que les Saducéens ne voulaient pas voir. A côté de la Loi, des Prophètes et de quelques livres historiques, comme les Rois, il y avait des livres hermétiques, joanniques, des livres d'initiation à certains mystères des Écritures. Ce sont les Livres d'Ieou ou Iaô[4], c'est-à-dire les Révélations d'Iaô à ses Iaôannès — d'où est venu le nom de Joannès — depuis le commencement du monde, avant et après le déluge. Ces livres avaient été faits à l'imitation des livres chaldéens de même nature, avec cette différence que toutes les Révélations d'Iaôannès étaient à l'avantage des Juifs, et on ne les conçoit point autrement. Jamblique parle de vingt mille discours placés sous le nom d'Hermès ! Les Juifs n'en avaient mis que deux ou trois sous le nom d'Iaôannès. C'était peu, mais grâce à leur industrie, tout le christianisme en est sorti. Dans tous ces Livres même définition de Ieou, la lumière universelle, qui deviendra Iaou, Iahvé, Iaoua, Jehovah ; même définition de son Fils, le Théanthrope solaire, qui deviendra le Fils de l'homme de l'Apocalypse et le Jésus de l'Evangile. Tout ce que le Verbe dira dans l'Apocalypse Je suis le commencement, le milieu et la fin ; je suis celui qui est, qui a été, qui sera ; je suis l'Aleph et le Thav l'Alpha et l'Oméga des traductions grecques, vient des Livres de Iâo. Le Joannès de l'Apocalypse n'a fait que transcrire sur le papyrus ce que les ouvriers égyptiens stylés par les prêtres avaient partout gravé dans la pierre. Les variations du Quatrième Évangile sur le Verbe procèdent de ces formules éternelles[5]. Sur les stèles, le Soleil est le Premier-né, le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu. Sur une muraille du temple de Philœ, sur la porte du Temple de Medinet-Abou, on lit, tracée quinze siècles avant Jehoudda, la définition du Verbe par le Quatrième Évangile C'est lui qui a fait tout ce qui est, et rien n'a été fait sans lui jamais[6]. Quoi de plus clair que cette définition, et comment ne pas voir immédiatement dans Jésus la personnification allégorique du Théanthrope solaire ? A qui les scribes essaient-ils de faire croire que Jésus est la véritable lumière qui éclaire tout homme venant au monde, que ce monde même a été créé par lui, s'il n'est lui-même le Verbe incarné ? Je m'adresse aux gens de sens rassis et je leur demande s'ils pensent qu'un Juif ait paru sous Tibère, disant de lui-même Je suis la lumière et la vie, sans que les autres Juifs engagés dans cette solennelle proposition n'aient immédiatement compris que ce personnage était descendu tout exprès du ciel pour la démontrer par des miracles allégoriques. Appuyé sur la vieille cosmogonie chaldéenne, sur l'astrologie et sur les Ecritures, Jehoudda codifia en quelque sorte la superstition du Christ céleste. Que le Christ fût un Verbe-corps, on n'en saurait douter quand on le voit converser dans le Paradis terrestre avec Adam et Eve, avec Caïn, avant, pendant, après le déluge, avec Noé, avec Abraham, avec Moïse et avec tous les prophètes. Que l'homme fût à sa ressemblance, on en pouvait douter quand on regardait un païen, mais on en était sûr quand on regardait un Juif. Moïse a vu quelqu'un et qui lui a parlé. Le Père ? Non. Qui eût commandé au monde pendant que le Père parlait à Moïse ? Mais le Verbe du Père. Et le Verbe est de chair puisque le Père est vivant. Sa chair est de feu, comme celle du Père. A la fois corps et feu, Homme de feu en un mot. Jehoudda le vit assez distinctement pour décrire sa forme, sa figure, ses vêtements, ses outils et ses armes[7]. Entre Juifs on l'appelait le Fils de l'homme comme s'il était de la famille, et en effet il en était le chef. Ces idées nous étonnent, nous avons peine à croire qu'il se soit trouvé des mortels pour les professer. S'ils pouvaient revivre, c'est nous qui les étonnerions. Dieu est chair ab æterno ! s'écrie Apollinaris, au quatrième siècle. Et Rien n'est uni à Dieu comme la chair du Christ ![8] Il est distinct du Père, puisqu'il est son Fils, et bi-sexuel, puisqu'Adam, formé à son image, était mâle et femelle[9]. Sans doute Adam n'était pas de la même substance, puisqu'il y a en lui de la terre et de Peau, mais il avait été créé immortel et il vivrait encore, s'il n'avait point écouté Satan. Le Christ peut refaire ce qu'ont défait Adam-Eve et Satan. Le Père n'a qu'à le lui commander, et il rendra l'immortalité aux Juifs. VI. — LE MILLÉNARISME. A l'instar des Mages Jehoudda estimait que Dieu avait divisé son Œuvre en Douze Cycles millénaires divisés eux-mêmes en deux groupes de six mille ans, — l'un avant, l'autre après la création de l'homme, — de manière que la consommation de l'Œuvre, l'homme compris, fût renfermée dans les Douze Cycles. Jehoudda n'inventait rien. Il empruntait ses grandes lignes aux Genèses chaldéennes. Celle des Hébreux n'en est qu'une version plus ou moins fidèle. Ces thèmes de Création et de Consommation admettent que la Genèse a pris six jours, et que dans ce calcul mille ans sont comme un jour et un jour comme mille ans. Ayant été créé le sixième jour, Adam représentait à lui seul le septième Mille, et il aurait vécu éternellement si sa moitié féminine, séparée de lui par Dieu, n'avait pas cédé au Serpent faute irréparable qui avait amené Dieu d'abord à chasser le couple du Ciel-sur-terre ou Paradis terrestre, et ensuite à noyer ce Paradis dans le déluge. L'Arbre de l'Eden était éternel, et c'est pour avoir mangé de son fruit qu'Adam n'avait pas atteint mille ans. Le jour où tu en mangeras, tu mourras, lui avait dit Dieu. Ainsi l'entend Isaïe lorsqu'il prédit un ciel nouveau, une terre nouvelle et le retour des jours de l'Arbre les jours de mon peuple seront comme ceux de l'Arbre, des jours de mille ans[10]. La Juive que, moins d'un siècle après la mort de Jehoudda, Juvénal décrira lisant dans les lignes de la main, interprète de l'Arbre, dit-il, c'est la millénariste du pavé de Rome sous Domitien. Certains Psaumes de David s'inspirent de la même théorie[11], point de départ de tout le christianisme. L'Eglise a rejeté du canon la Lettre de Barnabé d'où il résulte que le millénarisme était la doctrine dominante des temps apostoliques, mais nous avons mieux que la lettre de Barnabé ; dans l'Apocalypse nous avons le manifeste des apôtres, et la Lettre de Pierre est d'un millénariste imbu de la tradition jehouddique. Sur les six premiers Mille correspondant aux six premiers jours, tous étaient d'accord, même ceux qui assignaient treize, quatorze ou quinze mille ans à la durée du monde. En restant avec les Chaldéens et les Sabéens, Jehoudda s'enferme dans le cadre duodécimal qui lui est imparti par le cours du soleil à travers le Zodiaque douze signes, douze mois, douze cycles. Ces six mille ans avaient été des temps de lumière, gouvernés par les bons principes, et ils étaient représentés sur le Zodiaque par les signes du printemps et de l'été. Ils étaient dits Mille d'Ieou, ayant commencé avec l'Agneau, signe du passage, pesach ou pâque du Soleil dans notre hémisphère, et fini avec la Vierge, en englobant le Taureau, les Gémeaux, le Cancer et le Lion. C'est entre le sixième signe et le septième que le Monde avait commencé. Or les six Millenia assignés à ce Monde étaient en cours, gouvernés par les mauvais principes, ceux de l'automne et de l'hiver, et représentés sur le Zodiaque par la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Zachû Verseau et le Zib Poissons. Ils étaient dits Mille du Serpent ou de Satan. En effet, c'est entre la Vierge et la Balance que se trouve placé sur les sphères le vilain Serpent céleste, père des ténèbres, qui chaque année recommence ses méfaits et, chaque année aussi, s'enfuit vaincu quand le soleil passe sous l'Agneau, signe du Christ réparateur du mal du monde. Ce Serpent était fort chaldéen, car les Juifs ne se sont pas bornés à dépouiller leurs voisins de leur Dieu, ils les ont dépouillés de leur Diable. C'est Satan qui a tenté Eve, et qui momentanément a battu Dieu. Le ciel a eu avec la terre des relations directes qu'Adam a connues, mais que sa faute a interrompues et le déluge brisées définitivement. Dieu renouera-t-il jamais ? Ce monde a déjà eu bien des aventures. De premiers cieux ont existé, et une première terre tirée de l'eau et se tenant par l'eau, grâce au Christ[12]. Ils ont fait naufrage sous l'effort de la cataracte diluvienne, et ils ont été remplacés parles cieux et la terre dont on jouit sous Hérode Dieu se propose de purifier cette terre par le feu et de la replacer dans la lumière originelle. Il n'a pas pu faire durable une Œuvre sur laquelle les Juifs ne règnent pas définitivement. C'est à recommencer. Ainsi ce qu'attendait Jehoudda, c'est un troisième Monde, une troisième terre surmontée d'un autre ciel, celui d'alors étant visiblement raté, puisque la lumière propre à Dieu ne le traversait pas d'une manière régulière et continue. On vivait sous un ciel qui gardait encore les traces des épreuves passées et portait la marque de puissances hostiles. Ce ciel, lui aussi, empêchait le Christ de revenir, c'était plus qu'un voile, c'était un obstacle. Car toute la voûte, c'est-à-dire la couche la plus rapprochée de la terre, était aux mains de Satan et de ses, anges qui faisaient un véritable abus de cette mitoyenneté contre les Juifs. Au-dessus du ciel de Satan il y en avait deux autres, stratifiés. L'un était occupé par l'armée de Dieu à laquelle commandait en chef le Christ-Verbe, entouré des Douze Cycles de Mille ans ou Apôtres[13], ayant sous leurs ordres Trente-six Chefs ou Décans[14], avec douze légions de douze mille anges chacune, formant ensemble Cent quarante-quatre mille puissances qui participaient de la divinité. L'autre, le troisième ciel, était plus spécialement affecté à Dieu, qui y avait son trône et son sanctuaire, et vivait là. Père de toute lumière, au milieu de Vingt-quatre Vieillards ou Presbytres qui représentaient les Vingt-quatre Heures de l'heureux temps où le jour était sans nuit. C'est là sa famille éternelle et son éternel ministère. Les Hébreux se rattachèrent à cette organisation par les douze tribus auxquelles président d'en haut les Douze Apôtres. Les Juifs de bon jugement reconnaissent volontiers qu'il n'y a jamais eu douze tribus[15], mais un certain nombre de clans placés sous la protection des douze signes. Le Père des Juifs, c'est Iahvé, père du Christ, Sujets de Iahvé, enfants du Verbe, par conséquent supérieurs par essence à toutes les nations, tels sont les Juifs dans la pensée créatrice, donc telle est la Loi. Qu'était-ce donc que l'Apocalypse de Jehoudda ? Celle de Jacob et de ses douze fils, celle de Joseph chez Pharaon. Joseph, cet accapareur de grâce et de grains, avait vu, dans une zodiacale vision, le Soleil, la Lune et onze étoiles qui l'adoraient, lui douzième. Qu'est-ce à dire, sinon que le ciel ne s'allumait que pour éclairer la marche des Juifs à travers le monde ? C'est de Joseph que Moïse et Aaron tiennent tout ce qu'ils savent. Toute leur Apocalypse, ce sont les Juifs sauvés sous l'Agneau, les païens détruits. Lisez l'Exode avec quelque attention[16], et si dépourvu que vous soyez de sens critique, vous verrez que la pâque juive n'est nullement une institution mosaïque, mais un signe de la prédestination. Au milieu des Égyptiens, les Israélites oubliaient leur vieille religion de Mésopotamie, et le sacrifice annuel de l'agneau, symbole du pacte d'éternité que Iahvé avait fait avec eux. La pâque est un rappel de l'Agneau, le signe astrologique sous lequel le Christ a donné le monde aux Hébreux. L'année ne commence le 15 nisan que par application de ce principe[17]. Ce jour-là le Seigneur passe, et ainsi repassera-t-il jusqu'à ce qu'il ne passe plus. C'est le passage du Seigneur et nullement celui de la Mer Rouge, on n'en est pas encore là. Le Seigneur passe la nuit du 14 au 15, et on la passe avec lui, bâton en main, comme des passants. L'agneau est blanc, les pains sont sans levain à cause de la pureté originelle ; la pâque dure sept jours parce que la Création en a pris sept. Ce n'est pas une fête de circonstance, c'est la fête du passé engageant l'avenir. Le mot pesach est chaldéen, comme nisan et les autres mois, comme Zachû Verseau, Zib Poissons et les autres signes, et comme est chaldéenne l'économie des Douze Cycles millénaires. Les deux Tables du témoignage que Iahvé donne à Moïse, il ne faut point les confondre avec les tables de la loi. Les deux Tables écrites des deux côtés par le doigt de Iahvé sont le Livre des destinées du monde et le Livre de vie. Un côté regarde le ciel, un autre la terre[18]. Pourquoi Moïse brise-t-il ces deux Tables devant les Juifs au pied de la montagne ? Parce qu'ils sont indignes de ce qu'on y lit, ayant adoré le veau d'or. Pardonnez-leur cette faute, dit Moïse à Iahvé, ou si vous ne le faites pas, effacez-moi de Votre Livre que vous avez écrit. Le Seigneur répond J'effacerai de mon Livre celui qui aura péché contre moi ; et au Jour de la vengeance je visiterai et punirai ce péché qu'ils ont commis[19]. VII. — LE RETOUR DE L'AGNEAU. Le Père a décidé que le monde finirait avec le Douzième cycle. Mais il y a une clause secrète pour les Juifs. Les Juifs sont les enfants de Dieu, le Père anéantira-t-il sa famille terrestre ? Grosse question, résolue déjà dans les conseils du troisième ciel. De même que Jupiter est dit Stator, Capitolin, Ammon, Tonnant, selon les cas, le Christ était dit Iehoschoua — mot hébreu qui signifie Sauveur, dont les Grecs ont fait lésons, et nous Jésus —lorsque, dédaignant toute autre besogne, il se consacrait spécialement à la défense des Juifs. Tout-puissant pour la destruction, il est tout-puissant pour le salut. C'est celui-là qu'enverra le Père. Ce que Moïse cache aux profanes, c'est le secret de cette prédestination secret fort mal gardé que tous les Juifs ont pressenti. Ce qu'Aaron demande à Iahvé, quand il lui immole l'agneau du passage, c'est de tenir la promesse qu'il a faite aux Hébreux de les épargner au Jour de la colère et de leur sacrifier les nations. Le costume du Grand Prêtre lorsqu'il se présente devant Iahvé, c'est le rational du Jugement, le Jugement confectionné, rédigé d'avance, lisible dans le ciel comme il l'était sur les deux Tables. Ce Mage, car c'en est un, porte, gravé aux épaules sur deux sardoines et répété sur douze pierres précieuses, le nom des Douze fils de Jacob, chefs des douze tribus, car les deux sardoines représentaient l'une le Soleil et l'autre la Lune, et les Douze pierres les Douze signes du Zodiaque, comme les Douze Pains de proposition représentaient les Douze Cycles de l'Œuvre, et le Chandelier à sept branches les Sept planètes. Ce prospectus astrologique, c'est la vision de Joseph[20]. Le Grand Prêtre ainsi vêtu, c'est le Livre des Destinées du monde, côté terre. Le côté ciel, c'est, encore plus juif que le Grand Prêtre, le Christ par lequel a été créé le monde. Il sera de la fin comme il a été du commencement, l'Aleph et le Thav[21]. Chaque année à Pâque on sacrifie l'agneau ; mais l'Agneau de Iahvé, l'Agneau divin qui est à nos agneaux ce que le Christ est à un Juif, l'Agneau astral, en un mot, ne meurt pas. Chaque année à l'équinoxe du printemps, il semble mourir et chaque année il renaît. Il est le principe et la somme de tous les agneaux sacrifiés depuis la première Pâque. Il est l'image du peuple juif, jusqu'ici la victime des nations, mais viendra l'Agneau de la revanche. Agneau, Pâque, Christ, c'est la même idée d'éternité. On disait du soleil pascal L'Agneau est revenu. Dans l'Apocalypse, l'Agneau est représenté sacrifié — c'est-à-dire en croix, tel qu'on le dressait pour la cuisson — au milieu des quatre points cardinaux de la sphère. Il est donc le signe du Christ étendu sur la croix céleste à l'équinoxe du printemps. Dès que ce signe apparaîtra sur la montagne de Sion, les douze tribus, reconnaissant leur marque de fabrique, marcheront à lui et l'environneront, prêtes à le suivre partout. Pour cette raison Jehoudda appelle les christiens disciples de l'Agneau. C'est le nom qu'on aurait pu donner, nonobstant leur idolâtrie, aux Juifs qui, du temps d'Ezéchiel, avaient représenté l'Apocalypse nationale sur les murailles intérieures du Temple. Car ils avaient peint toutes sortes de figures et de bêtes immondes, et toutes les Idoles de la maison d'Israël[22], c'est-à-dire les douze signes du Zodiaque et les Douze patriarches célestes, les Douze Apôtres du Christ, prototypes immortels des douze tribus. Et dans le Temple même on avait vu des femmes assises pleurant la Passion de Thammouz — c'est Adonis — comme les bonnes et aussi les mauvaises femmes d'à présent pleurent la Passion de Jésus le Vendredi saint[23]. Puisque le Fils de l'homme devait venir des cieux, c'est qu'il y avait un domicile, car s'il est vrai que, dans l'Evangile, il n'a sur terre aucun endroit où reposer sa tête, il habite au ciel un logis magnifique le Soleil qu'il emporte dans l'espace comme l'escargot entraîne avec lui sa coquille. Certes on ne peut pas dire que le Soleil soit proprement le Christ, mais il est sa lumière promenée, son tabernacle mobile[24]. Logé dans le Soleil, nourri de sa substance, vêtu de sa lumière, le Christ a douze maisons, douze mansions plutôt. Toujours on a comparé la course annuelle du Soleil, croissant et décroissant selon la saison, à la vie d'un homme qui naît et croit, décroît et meurt avec le temps. Il y a, vous le savez, un moment où la comparaison cesse d'être juste si elle l'était tout à fait, il n'y aurait plus de terre. Conçu sous la Vierge à l'équinoxe d'automne, enfant au solstice d'hiver, le Soleil est adulte lorsqu'il passe dans les Poissons, vers mars, mais quand, franchissant la ligne équinoxiale, sous l'Agneau, il entre dans notre hémisphère, il apparaît vraiment comme l'image sensible de Dieu, et le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs de la terre lesquels n'ont pu se croire quelque chose qu'en son absence. Je ne veux pas vous atteler avec moi à son char, mais tenez pour certain qu'Hercule, Bacchus, Osiris, Mithra et presque tous les dieux y étaient déjà lorsque les évangélistes y firent monter Jésus. Sous tous les masques qu'il prend on voit étinceler ses regards de feu. Les Egyptiens l'adorent enfant, les Grecs homme, on le célèbre à la moisson, aux vendanges. On le chante dans les jours du printemps et de l'été, on le pleure dans les mélancolies de l'automne, on l'espère, disent les Marseillais, dans les intimités de l'hiver. Des siècles et des siècles avant que les Juifs ne rappelassent ou Schilo ou Messiah ou Ieschoua, l'Orient ne connaissait, au-dessous de l'Invisible, d'autre dieu que l'Invaincu, l'éternel tisseur de lumière. Le mystère que les prêtres cachent au fond de leurs tabernacles, c'est ce faux mystère dont tout le monde a la clef. Partout, depuis que l'homme a des yeux pour voir le jeu tournant des nuits et des jours, on tient que le Soleil naît de la substance divine à une date qui correspond à notre 23 décembre. Partout on vénère la céleste Vierge dont les flancs immaculés donnent ce beau fruit. Point de doute nulle part, celui-là est bien né des œuvres de l'Invisible. Le joli enfant ! vit-on jamais de plus beau sourire et des formes plus pures ? Que l'image de cette Vierge féconde se dresse dans les temples et sur les places ! Et que chaque homme en passant s'incline devant la mère immaculée qui presse sur son sein cet Enfant dont on ne nomme le Père qu'avec un tremblement dans la voix ! Qu'on l'appelle Horus ou Adonis, Atys ou Bacchus, Apollon, Sérapis ou Christ, qu'on le fête au moment de sa naissance ou de sa maturité, c'est toujours le Soleil, .père du temps, qu'on adore, le dieu aux mille noms, dit Orphée. Qu'il meure comme Adonis, blessé par un sanglier, ou comme Apollon, par le serpent Python, ou comme Osiris par Typhon, ce sont des Passions héliaques sur lesquelles on se lamente dans les mystères et d'éclatantes Résurrections qu'on célèbre. VIII. — LE ZIB LES POISSONS SIGNE DE GRÂCE. Mais le jour vient où l'Agneau ne passera plus, où il ne sera plus en croix. Il y a trop longtemps qu'il s'immole au salut de la terre ! Il ne fera plus ce sacrifice annuel, il brisera le thav, cette croix sur laquelle il passe depuis le commencement du monde. La grosse affaire pour les Juifs, c'est d'être dans les bras du thav, au delà duquel il n'y aura plus rien qui ne soit à Iahvé. Dans l'écriture juive — au propre et au figuré — la lettre suprême, c'est la dernière lettre de l'alphabet hébreu, c'est le Thav et le thav est une croix. La croix de l'Agneau, ou, si vous préférez, l'équinoxe du printemps, c'est le monde en équilibre périodique. C'est à cet équinoxe que l'équilibre se rompra. Mais cette rupture aura lieu au bénéfice des Juifs. Le Grand Agneau verra l'Accomplissement des temps, la Descente et la Victoire du Christ Jésus. Il faut donc être en deçà de la ligne, du côté du Zib. Les Poissons passés, il sera trop tard. Les Poissons étaient donc au premier et au dernier rang des signes du Zodiaque engagés dans le thème christien au dernier rang, parce qu'ils sont le Mille sous lequel Satan, chef des nations, devait être anéanti par le Christ ; au premier rang, parce qu'ils sont le signe précurseur de l'Agneau sous lequel devait commencer le Royaume de Dieu. L'idée du baptême rédempteur était inscrite au ciel dans le Zib. Il convenait que les Juifs fussent de ces Poissons-là. La première condition du salut pour un poisson, c'est d'être dans l'eau. Cette idée, fondement de la pisciculture, est également celui du baptême. Toute l'eau du ciel s'étant épuisée dans le déluge et le monde devant périr par le feu, il n'y avait de remède que dans l'eau sourdant de la terre, pour cela nommée eau vive. De là le caractère sauveur des sources comme celles du Jourdain, et des fontaines comme Siloë, Ænon, Kapharnahum. Contre le Christ la Terre est sans défense, masse énorme, mais immobile et faite pour recevoir ses coups sans pouvoir les rendre. Immobile, je le répète, comme le piédestal de cette croix mouvante qui est le Christ passant par les quatre points cardinaux. Sans la croyance à l'immobilité de la terre, point de croix, et point de Christ[25]. Car sur quoi s'appuiera la croix, et où le Christ posera-t-il le pied si la terre est ronde et qu'elle tourne[26] ? Iahvé négligea d'avertir Jehoudda que la terre était ronde et mobile. Quelle déception en effet si le Fils de l'Homme, au lieu de mettre pied à terre en Judée, allait descendre aux antipodes de Jérusalem, en un lieu où des hommes incirconcis auraient eu les pieds en haut et la tète en bas ! Jehoudda ne se demanda point par où les astres auraient accompli leur révolution si la terre eût été infinie, et il fut convenu que, devant les Révélations positives de Iahvé, on mépriserait profondément les sciences naturelles et physiques, source de tous les maux qui affligeaient les Juifs. On ne saurait en vouloir aux christiens d'avoir ignoré les formes du monde et les lois créées par Dieu. Beaucoup de savants païens et fort honnêtes pensaient là-dessus comme les Juifs. Lucrèce a soutenu qu'il n'y avait point d'antipodes et que le soleil n'était pas plus grand au ciel qu'il ne paraissait à l'œil. Cette thèse n'a rien de scandaleux dans la bouche d'un homme qui n'y mêle pas Dieu. Mais c'est un blasphème chez des gens qui disent Le dieu qui nous a révélé ces belles choses est le vrai Dieu, et qui ne tarderont pas à ajouter Si vous ne le croyez pas, nous vous tuerons de sa part. Le dieu qui a créé les lois de la pesanteur, de la gravitation et de l'attraction, et qui, semble-t-il, est le vrai Dieu, ne leur avait rien révélé du tout. S'il inspira des hommes sous Auguste, ce sont les païens sectateurs de Pythagore et d'où sont issus les Strabon et les Ampélius, que Jehoudda exclut du salut. La science antique nous a été volée pendant l'invasion christienne ; les paroles de Dieu à ses vrais enfants, les philosophes, ont été submergées par le flot des paraboles juives. Mais ils sont nombreux ceux à qui il avait dit à l'oreille Attention ! Je vous emporte à votre insu dans un mouvement rapide. La terre n'est point immobile dans le monde, ni le monde autour de la terre. Vous tournez autour de corps qui tournent autour de vous[27]. N'allez pas vous figurer que je descendrai un jour pour faire votre connaissance, et surtout ne m'insultez pas au point de croire que j'enverrai pour juger les hommes un petit Juif de Gaulanitide qu'on va crucifier sous Tibère pour crimes de droit commun. IX. — LA GRANDE ANNÉE, LE GRAND JOUR. L'Apocalypse de Jehoudda résultait et d'une tradition exaltée par le zèle religieux et d'un plagiat astrologique corroboré par quelques observations. Outre les Douze signes, les Sept planètes jouaient un rôle éminent à raison de la situation qu'elles occupaient au début du monde. Lorsque l'état du ciel les, ramènerait à leur point de départ, le Christ prendrait lui-même la direction des Douze Apôtres, et cette Année-là c'en serait fait de Satan qui gouvernait l& monde contre les Juifs[28]. Quand viendrait la Grande Année, le Mille du Zib, comme disait Jehoudda ? En l'an de Rome 739, il estimait qu'environ cinq cycles s'étaient écoulés depuis Adam, et que le Mille en cours ou Mille du Sachû le Verseau finirait avec le 14 nisan 788[29]. Le Douzième mille ou Mille du Zib commencerait le soir même et le Christ viendrait avec l'Agneau de la pâque. Toutefois il ne fallait pas que les Juifs s'imaginassent éluder le Jugement. Les Douze Apôtres jugeraient les douze tribus. Sur le Jugement de Dieu, toutes les Écritures s'accordaient. L'idée pouvait effrayer, elle ne pouvait pas surprendre. Moïse et les prophètes annonçaient tous cette terrible journée d'Iahvé, mais tous ne promettaient pas aux Juifs l'empire d'un monde créé exprès pour eux. Beaucoup croyaient qu'en ce jour il y aurait Fin du monde et Jugement sans appel. Il fut révélé à Jehoudda qu'avant cette solution le Christ viendrait renouveler la terre par un Jugement d'attente et pour une période de mille ans après laquelle le Père lui-même prononcerait l'arrêt définitif. Il dépendait des Juifs d'échapper à la destruction partielle en même temps qu'aux conséquences du Premier jugement, lesquelles n'étaient pas minces. En observant la Loi avec autant de rigueur contre les Juifs adultères que contre les païens, ils gagneraient le salut et régneraient mille ans avec le Christ, jusqu'à ce que vînt à son tour le Royaume éternel du Père. Ceux qui auraient abandonné cette Loi, révélée à Moïse par le Verbe, ceux-là iraient en enfer confondus avec les autres hommes — la plus dure de toutes les punitions ! Ceux qui l'auraient servie sans défaillance iraient dans l'Eden millénaire, et là ils jouiraient d'un bonheur dont ils ne pouvaient se faire qu'une faible idée, étant donné la pauvreté de l'imagination humaine. Mille ans, cela pouvait sembler long pour des esprits superficiels. Mais quoi ! le Verbe avait, au gré de sa puissance, fait vivre des hommes sept cents, huit cents, neuf cents ans, il avait modelé de ses mains Hénoch et Élie qu'il avait soustraits à la mort et transportés dans le ciel. A quoi bon pleurer le Paradis terrestre ? Iahvé pouvait le rendre à ceux qui croyaient en son Christ. Qu'était-ce, pour lui, de faire qu'on vécût en ce séjour une seconde vie égale à celle qu'avaient vécue les patriarches ? Mille ans, qu'était-ce pour celui qui avait créé le temps ? Les Juifs se plaignaient du raccourcissement de la vie, l'attribuant non au premier péché mais à ceux des générations nouvelles. Le premier péché, on l'expiait par la mort, mais celui des générations, par une diminution de longévité. Ah ! le bon temps que celui où les hommes atteignaient dix-neuf jubilés, près de mille ans ! Mais comme il a passé vite ! Quand on pensait qu'Abraham avait eu de la peine à vivre jusqu'à cent soixante-quinze ans ! Aujourd'hui on s'estimait vieux quand on arrivait à quatre-vingts ! Quelle misère ! Mais patience, voilà que Iahvé va faire périr cette terre souillée par l'existence des incirconcis, il la refera pour les Juifs seuls et leurs jours s'allongeront sans fin. Pendant tout le Mille du Zib c'est le Christ Jésus qui régnait[30]. Il coupait l'Arbre de la science du bien et du mal dont le fruit avait perdu Adam, le jetait au feu et replantait l'Arbre de vie dont le fruit était éternel. A la fin du Douzième mille, le songe de Joseph était accompli, et Iahvé se réunissait à son peuple sur les derniers débris du monde païen.
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I C'est lui. — Ce n'est pas lui. — Je te dis que c'est lui ! — Je te dis que non… » Le concierge faisait une voix plus grosse que la concierge. Mais cette belle fille de Bourgogne vineuse avait son cri, qui valait l'autre, pour pénétrer portes, cloisons, murailles, d'un suraigu ce n'est pas lui ». Toutes les loges des rues de Poitiers, de Verneuil, de Lille, de l'Université avaient fini par déléguer quelque représentant dans le joli petit entresol où gisait le mince cadavre contesté. Près de la main raidie, sur les draps rosés de sang pâle, un revolver de nacre paraissait dire, un peu confus Voici que j'ai tué. » Mais la concierge s'expliquait. Elle articulait Ce n'est pas notre locataire. Ce n'est pas le monsieur du 20 de la rue de Poitiers. Je le connaissais bien ! Je faisais son ménage, je le raccommodais, je cirais ses petites bottines. — Eh ! non, qu'est-ce que tu veux ! Nous n'y pouvons rien ? C'est lui, répliquait l'obstiné. — Mais tu l'as bien vu comme moi, hier, quand il nous a payés. Il avait les yeux clairs, les paupières propres, les cheveux bien peignés, son air qui faisait jeune. Trente ans ? Trente-cinq ? Pas beaucoup plus. Ça, c'est un vieux, chauve, avec des yeux bordés de rouge. On l'aura déposé, ici, à la place de mon Monsieur… — Qui, on ? Personne n'est entré ni monté… Pour le déposer, qui ça ? — La cambriole… — Pas de porte forcée, dit-il. La serrure intacte… — C'est malin, quand on a la clef ! — Et Azor, tu l'oublies ? il ne peut sentir un étranger. — Les chiens dorment comme les gens. — Pas lui ! Il aurait jappé. — Il est comme les autres. Et puis, vois cette barbe… Il la portait en petite pointe très bien la barbichette de tout le monde, il y a quinze ans. Vois sa photo de cet hiver. Ça n'a pas de rapport avec les longs poils qui coulent sur la chemise, et ces frisons, comme aux bohémiens à la foire. En voilà une qui n'est pas poussée d'hier soir ! » Et les mains dans les poches de son tablier, elle n'arrêtait pas Sa barbe à lui n'avait pas deux travers de doigt… Et celle-ci… — Elle est peut-être fausse, dit l'homme. — Va donc la tirer, tu verras. » Il se met en marche. Un grand diable de sergent de ville se lève pour crier les paroles sacramentelles Ne touchez rien. On est allé chercher Monsieur Wladimir. » II Ce grand nom fit une espèce de paix du silence. Bien qu'il en fût aux modestes fonctions de chien de commissaire ou secrétaire du commissaire de police, Monsieur Wladimir n'était pas le premier venu au quartier Saint-Thomas d'Aquin. Son prestige s'étendait aux Invalides et au Gros-Caillou. Actif, allant, serviable, toujours prêt aux explications claires, aux renseignements précis, il ne se faisait pas prier pour donner un conseil. Les ménagères lui savaient gré de sa complaisance autoritaire, certains bourgeois huppés s'en étaient bien trouvés, et de belles dames aussi. Il soufflait dans sa voilure une popularité de bon goût, comme il convient dans ces quartiers. On avait perdu son nom de famille. Le prénom distingué faisait flotter sur son berceau d'agréables pans de mystère honnêtes bâtardises de grand-duc, d'archiduc, ou d'ambassadeur. De vieux Parisiens renseignés en souriaient avec réserve ; parler n'eût fait ni bien ni plaisir à personne. Mais enfin, il n'était pas tout à fait ignoré que le futur chien du commissaire avait été vu, faubourg Saint-Honoré, dans la maison d'une haute princesse de France, en la simple qualité de valet de pied. Autant que bonne et généreuse, Madame d'X… était un esprit de vaste culture et de très haut bon sens. Le hasard avait fait qu'elle employât particulièrement Wladimir à retenir et à garder ses places aux grandes conférences dont elle ne manquait pas une Sorbonne, Notre-Dame, Académies, Collège de France, institut d'Action Française, elle y trouvait satisfaction pour son goût des idées, de leurs rapports, de leurs conflits. Elle avait remarqué, à plusieurs reprises, que cette perle des valets s'arrangeait pour ne jamais quitter une salle, fût-elle comble ; le bras chargé de l'imperméable ou de la pelisse, il se tenait debout au fond sans perdre un mot du professeur ou du conférencier. Un jour, s'étant retournée par miracle, que vit-elle ? Son Wladimir ouvrant une bouche de four, l'œil plus grand que nature, et béant tout entier, avec une expression de félicité qui n'était point du tout d'un bêta. Quand on fut de retour, elle voulut en avoir le cœur net et se mit à le questionner. Wladimir récita de bout en bout le cours auquel il venait d'assister, sans faire grâce d'une acrobatie du maître. Avait-il aussi bien compris que retenu ? Ses réponses le classèrent à l'égal de ce qu'auraient donné les philosophes mondains et les agrégés de passage dans les dîners de la princesse. Elle sauta sur son stylo Mon cher Préfet, écrivit-elle à Jean Chiappe 1, savez-vous qui nous a ramenés, hier, vous et moi, de Bergson ? Un phénomène ? Non ! Un prodige ? Non ! Un phénix ! Me voyez-vous faire ouvrir mes portières par un phénix ? Je n'aime pas qu'on laboure avec un diamant. Donc, acceptez-en le cadeau. Tirez-le d'ici, vite ! Empêchons ce coulage ! Il faut que ce garçon fasse son chemin. Prenez-le donc dans vos bureaux ! Un tour de faveur au besoin, pour qu'il y ait un peu de justice en ce triste monde ! Wladimir dut porter le poulet à Jean Chiappe, qui aimait aussi le talent et la justice. Il avait la princesse en vénération. Un interrogatoire délicat et bienveillant fit apparaître que Wladimir, ayant amorcé de bonnes études, les avait interrompues trop tôt par un gros revers de fortune. De place en place, il avait dû accepter celle qui l'obligeait à mettre ses mollets à l'air. Après un stage favorable au cabinet personnel du préfet, les chances et les risques de la vie parisienne surent organiser pour Monsieur Wladimir de petites missions suburbaines ; ses enquêtes fort bien menées firent valoir ce qu'il avait dans l'esprit de rigoureusement déductif et logique. La veine ! » disaient les uns. Et les autres le flair ! » Que ce fût par logique, sens critique ou bonne fortune, il réussissait à passer des concours et à décrocher des grades qui permirent de le nommer dans le centre de Paris, où l'attendaient d'autres succès. Le mérite de l'homme releva des fonctions restées secondaires. Entre temps, par la protection de son officier de paix, le poète Ernest Reynaud 2, de l'École romane, Monsieur Wladimir publia deux plaquettes de vers. D'un sentiment un peu froid, elles valaient par l'élégance et trahissaient l'amour des disciplines philosophiques. La bonne princesse exultait. Elle était ravie de le rencontrer quelquefois au pied de chaires fameuses, de lui sourire et de l'accueillir. Lui n'avait garde de chercher à reparaître dans la maison où il avait servi ; cette discrétion ajoutait à sa gloire en fleur. Signe de tact, disait la princesse. — De tact et d'amour-propre bien compris, disait aussi Jean Chiappe, qui tenait Monsieur Wladimir pour l'une des espérances de son personnel. » Il ajoutait Je lui vois un point faible. Homme d'une seule idée. Il n'en a qu'une à la fois. Alors, c'est la cloche pneumatique. Par le vide, l'idée solitaire gonfle, et gonfle à crever. Faute de trouver des complémentaires qui l'équilibrent, cette idée fixe peut conduire à des formes de fanatisme… — Oh ! fanatisme ! De la politique, alors ? demandait la princesse. — Heureusement pour Wladimir, il ne fait pas de politique. Je vois un fanatisme de sentiment, d'école, de chapelle… » Et la princesse faisait taire M. Chiappe, et M. Chiappe ne demandait pas mieux, car il aimait Wladimir pour ses talents et pour ce que son ascension sociale avait d'ancien et de nouveau, encore que de plus en plus rare dans la vie moderne. Il se félicitait de la part qu'il y avait prise, et Monsieur Wladimir n'en faisait que mieux son chemin. Ivre de belle confiance, il ne laissait rien démêler de sot. III Dès que le chien du commissaire eut pénétré dans l'appartement, le bataillon des concierges lui rendit les honneurs ; hommes de ci, femmes de là, il fut conduit processionnellement, entre deux haies, jusqu'au pied du gisant. Ni grand, ni petit, jambé, râblé, musclé, sachant jouer de l'œil, du coude, du genou, c'était un assez beau garçon que Monsieur Wladimir, avec ce soupçon d'importance qui ne prélude pas mal à l'autorité. Les deux chansons recommencèrent C'est lui ! — Ce n'est pas lui ! » Mais le concierge mâle fit son rapport en règle. Un écrivain connu, Denys Talon, locataire de l'entresol, s'était donné la mort, cette nuit, ou ce matin. S'il n'est pas mort tout de suite, l'agonie, le mal, la souffrance avaient pu altérer quelque peu ses traits. Mais, foi de gérant de l'immeuble, dont il avait la garde depuis dix ans, il ne pouvait y avoir de doute sur l'identité… Ce n'est pas mon avis, monsieur Wladimir, dit la femme. Eh ! regardez-moi cette barbe ! » L'homme répondit posément J'ai déjà dit que la barbe pouvait être fausse. — Voyons », dit M. Wladimir, qui approcha, tira. La barbe tint. Madame triompha Tu vois bien que ce n'est pas lui ! » L'homme allait répliquer on ne sait quoi. Mais voici du nouveau monsieur Wladimir ayant légèrement soulevé le haut du corps mort, l'on entendit un bruit clair, comme des billes roulant sur le parquet. Il se baissa et put ramasser, une à une, dix-neuf dents, à la vérité vieilles, jaunâtres, presque noires !… Nouveau, triomphe de Madame Les dents de M. Talon, ça, ces chicots de vieux ? Il riait comme un petit loup. Je le sais bien ! Je le lavais, le brossais, le voyais tous les jours… » M. Wladimir demanda s'il n'y avait pas d'autres témoins. Personne ne répondit. La dispute aurait repris quand l'attention du magistrat fut détournée des contestations subalternes. Sur la table de nuit, contre l'étui de l'arme et la grande montre-réveil, se découvrait un assez fort manuscrit dont la chemise brune portait ces mots Récit, confession, testament écrits à main courante. Par-dessous, au milieu du premier feuillet, on lisait en grosse ronde calligraphique le titre suivant LE MONT DE SATURNE suivi de trois sous-titres Le rêve, la vie, la mort et d'épigraphes variées. M. Wladimir se dit que la clé de l'affaire était là, le moyen de la trouver, ou celui de la fabriquer. Il congédia l'assistance en ajoutant qu'il allait voir cela tout seul, mais non sans prescrire au planton d'aviser le commissariat que l'enquête le retiendrait tout le jour, on n'avait pas à compter sur lui jusqu'au soir. M. Wladimir s'assit. Il lut. IV M. Wladimir, secrétaire du commissaire de Saint-Thomas d'Aquin achevait la lecture qui allait faire éclater son génie. Aux derniers mots, il avait cru entendre la détonation et voir l'écrivain Denys Talon tomber à la renverse sur l'oreiller. Mais, dit-il à mi-voix, s'est-il tué raide ? C'est ce que le concierge semblait penser… » On frappa Au diable l'intempestif ! » C'était le médecin des morts. Heureusement, il était fort pressé. Ses premiers mots prirent la suite du soliloque de M. Wladimir Le concierge semble estimer que M. Talon ne serait pas mort tout de suite… Alors, il se serait un peu manqué ? » L'homme de l'art, ayant tâté sommairement, reprit Un peu. » Il repalpa. De peu. Le sang perdu. Le cœur… — Mais, demanda le policier, à quelle heure peut bien remonter le décès ? » Nouveaux tâtons rapides Les dernières heures de la matinée, peut-être. Midi au plus tard. Pour l'identité, savez-vous ? La femme criait, contestait… » M. Wladimir donna au manuscrit une petite tape du dos de la main et dit, d'un ton capable La question ne se pose plus. » Monsieur Wladimir avait tout vu la promptitude de son intuition, la rigueur de sa déduction l'avaient fixé. Il murmura La mort n'a pas été instantanée ? Il a agonisé dix heures ? Donc tout s'explique. » Le médecin partit au trot. Il avait apporté les lumières de la science. M. Wladimir en recueillait pieusement le dernier rayon, mais il l'ordonnait et l'organisait Un peu manqué, longue agonie. Oui, se disait-il à voix haute, tout colle, tout s'enchaîne, tout s'articule et se lie. » … Où d'autres, à sa place, n'auraient vu que trente-six mille chandelles, il regarde s'étendre devant lui une nappe de clartés qui montent, en s'égalisant vers les paradis de la certitude. Il boit et reboit ces flots purs, il s'en pénètre à fond. Sa conviction qui s'est formée a ce caractère particulier qu'elle est corroborée par ce qui pourrait l'ébranler désaccord des concierges, silence d'Azor, serrures intactes, les dix-neuf dents jaunâtres détachées d'elles-mêmes, le poil allongé et vieilli. Ce qui ferait difficulté facilite l'explication ou la vérifie. Que la barbe de Denys Talon se soit permis de croître d'une façon démesurée par rapport aux quelques dix pas de l'aiguille sur le cadran, ou bien que les dents aient jailli de l'alvéole au premier mouvement du corps mort, attestant une singulière vitesse de la carie, cela n'importe plus que pour s'interpréter en bonne méthode les faits sont patents, et leur ombre de résistance s'évanouit au clair d'une saine philosophie. V Car M. Wladimir sait une bonne chose qu'il a apprise à bonne école, que le Temps vulgaire n'existe pas ou que ce Temps n'est pas le vrai ! Un grand écrivain du XVIIe siècle a donc été bien fat quand il a prétendu pouvoir fournir aux hommes la bonne heure en disant Je tire ma montre ». Ô illusion du vain prestige pascalien ! Le temps des montres » est un faux temps, tel que l'esprit le projette sur leur cadran Un temps tout mécanique, donc ir-ré-el ! » se répétait, en épelant, M. Wladimir, selon le b-a ba d'un grand maître ; il lui revenait d'en faire aujourd'hui la toute première application administrative et légale. Ir-ré-el. » Quand l'écrivain Denys Talon a mis le point final à sa phrase suprême Ça va y être, ça y sera », deux heures venaient de sonner. Il a tiré. Il était certainement mort à midi. Entre ces deux termes, l'heure de l'horloge » avait pu marquer ou sonner leur chiffre artificiel ; mais combien plus de coups, combien plus de pas, lui aurait chantés l'Heure vraie ?… L'heure du temps réel, ré-el, épela M. Wladimir. Pour ce temps, combien d'heures ont pu tenir dans la vie du cadran ? Cinquante ? cent heures vraies ? Mille ? Dix mille ? La marge est élastique, extensible à l'infini, on l'agrandira autant qu'il en sera besoin… » La parole qu'extériorisait le jeune policier s'arrêtait là, pour le moment. Il s'ouvrit une longue méditation silencieuse. Voyons ! voyons ! se disait-il, avec une espèce de chant qui retentissait dans les catacombes de son esprit. Ce Denys Talon était doué d'une vitalité exceptionnelle. Presque toute-puissante. Insatiable. Sans parler du nombre, de la diversité et de la violence de ses peines d'amour, l'énergie de sa conduite une fois résolue, le tableau sans bavure de sa journée d'hier portent le même caractère ; courses, commandes, legs, hammam, assaut d'armes, ronde de nuit, et le soin donné aux dernières pages, à cet exposé final, dramatique et lucide, où les abstractions sont produites en symboles clairs, en voilà un que ses déboires sentimentaux n'avaient pas épuisé ! Les pessimistes allemands interdisaient le suicide comme le coup d'éclat d'une vitalité qui ne s'est pas renoncée, ils y voyaient comme le triomphe du Vouloir-vivre. Ils avaient raison pour le cas que voilà ; notre homme était en pleine forme, ivre de ses chaleurs vitales et des clairvoyances de sa raison. Une seule faille apparaît dans cette personne si forte ! Sa pitoyable philosophie. La philosophie classique française des idées claires. Cartésienne ou thomiste, cette idolâtrie de ce qui se fabrique et se définit au grand jour. Ah ! le pauvre garçon ! Et il a cru pouvoir se battre, lui, tout seul, contre ce vrai Moi subliminal que remonte et recouvre, sans le dominer, notre menu Moi conscient ! Il ignorait que ce qui surgit, comme un seuil, de la masse des choses vers leur obscur sommet, ne peut qu'émerger un instant des gouffres de l'Inscruté et de l'Ignoré ! Le pauvre Denys a cru vaincre son grand Moi latent, secret, insondable, avec les débiles élans et la chétive industrie de l'intelligence explicite. De quel triomphe inane s'est-il abusé ? L'insensé a cuydé avoir également raison de la nature universelle ainsi que de son propre naturel souterrain. La nature invaincue, la nature invincible ! Elle l'a brisé en un temps et deux mouvements, lui et les armes dangereuses qui devaient éclater dans sa main. Abréger sa Durée ! Il prétendait donc à cela ! Raccourcir, mutiler sa réalité essentielle ! Le plus inégal des duels ! Le résultat s'en voit, se touche. Non seulement la mère-nature, autrement forte que lui, a été plus maligne. Elle ne s'est pas laissé battre. Pour parler comme lui, c'est elle qui l'a fait quinaud. Ce qui s'est passé est ce qui devait se passer, selon toutes les normes. Denys Talon a commencé par se manquer un, peu. Bien fait ! lui aura sifflé la mère-nature. Je t'avais solidement charpenté. Tu étais, comme on dit, bâti à chaux et à sable. Même ton insensée main droite ne pouvait pas t'obéir, l'index droit devait te trahir, cette volonté d'épiderme et d'écorce devait jouer contre ton futile dessein temporel pour te plier et te ployer à la loi de l'éternité… Monsieur Wladimir, après avoir fait parler la Nature, reprenait pour son compte Denys Talon devant mourir octogénaire, le programme normal de son agonie à quarante ans devait faire tenir dans l'arc d'un demi-tour de soleil ou de lune cette vie forcenée qui lui bourrait la moelle, et les nerfs, les muscles et les os. En ce tout petit espace du temps sidéral et, comme l'a bien dit Monsieur Bergson, du temps mécanique, devait se condenser, se concentrer, se contracter la quintessence des quarante ans qui restaient à brûler de l'élixir vital, des fluides qui l'animaient. Traduisons ce que cela veut dire. Un monde intérieur aux vibrantes images lui a fait sentir et souffrir ce que lui avaient préparé son âme et sa chair. Pour une certaine mesure, et dans cette mesure, il lui a fallu savourer toute la dose de désirs et de déceptions que lui avaient valu ses anciennes amours, ce que devaient lui revaloir d'autres amours futures aux nouvelles saisons d'autres Marie-Thérèse, d'autres Ismène, d'autres Hydres blondes et d'autres Gaëtane, avec ce mandat exprès de courir aux suivantes sans en être jamais content, selon la haute chanson de Menoune, mais en outre, en application de toutes les légalités de sa longue ligne de vie, symbole efflorescent de l'infra-physique fatal. Son corps en a reçu les secousses, et donc enregistré les marques. Comment en eût-il été autrement ? Idées, émotions, rêves, actions, déchirures subites ou érosions lentes, ce qui lui ébranlait l'âme dut aussi retentir ailleurs, tout le temps réel qu'il a souffert sur ce petit lit. Et je ne parle pas d'un seul genre de fatigues. Dans son agonie, sans bouger de place, Denys Talon aura voyagé, il aura éprouvé les trépidations des rapides du monde, il a monté et descendu, et aussi redescendu les houles des navires de tous les océans. Partout les peines et les plaisirs inéprouvés le fouettèrent à l'épuiser. Des femmes de toutes couleurs, des drogues de toutes saveurs ! Il a bien fallu que sa fibre vieillisse à proportion de sa prodigieuse capacité de durée, ce pur synonyme de l'âme, Monsieur Bergson nous l'a bien dit. La peau de chagrin était large, Denys Talon l'a ratatinée en vitesse, mais vitesse apparente qui n'était pas le train réel de l'écoulement de sa vie. Dans le même demi-tour du cadran, ne l'oublions pas, il a dû faire aussi son métier d'écrivain, sécréter, suer et saigner des livres inédits que nous ne lirons pas ; il les a rédigés en rêve et, comme tout le monde, il enfantait dans la douleur ce qu'il avait conçu dans la joie. Toute cette œuvre prolongée a dû être reprise, corrigée, remaniée, puis défendue devant la critique. Que n'a-t-il pas écrit, et fait ? Sans crever la souple membrane physique, élargie ou rétrécie suivant les besoins, et dont il faisait tous les frais, il exploitait son temps réel, tout en vidant son élastique fourre-tout du Grand Tout… Le sourire des derniers mots montre que M. Wladimir, comme tout sacristain, savait un peu jouer des vases de l'autel. Mais il se remit à prier Ô temps réel, que n'aura dû et pu instiller et loger dans tes alvéoles mobiles un homme du ressort de Denys Talon ! Outre ses travaux, n'y eut-il pas ses maladies ? Dans ces dix heures qui auront valu quarante ans, les fièvres l'auront agité qui l'aidèrent à se dégrader corporellement, et voilà les faits rejoints, nous pouvons les affirmer ; comment ces maladies ne lui auraient-elles pas séché, blanchi, allongé le poil, creusé, ébranlé et jauni la mâchoire avec cette apparence de rapidité illusoire qui peut paraître insensée, alors que, très précisément, le contraire l'aurait été ! Souvenons-nous de ce que peut le rêve sur nos sommeils. Le poète y fait des vers, le savant résout des problèmes, le négociant achète, vend, emprunte, paie, encaisse et ristourne. Si, pour eux, l'usure nerveuse est insignifiante, elle existe, elle ne peut ne pas retentir sur leur organisation. Même à l'état de veille, les bouleversements moraux ont des effets matériels tenant de la magie, la mauvaise aventure blanchit en une nuit une jeune tête de femme, une brusque douleur laboure de rides profondes la lisse paroi d'un beau front. Assurément, par rapport à ces cas extrêmes, celui de Denys Talon peut paraître encore effarant. Soit. Et nouveau ! Soit ! Et, jusqu'à présent, inconnu. Soit encore ! Le vaste sein de la Nature naturante… Car M. Wladimir se mettait au beau style. … le vaste sein de la Nature naturante réserve à nos explorations bien d'autres surprises que l'allongement instantané d'une petite barbe ou la prompte carie de dix-neuf dents. Rien ne peut limiter ce champ mystérieux. À quoi bon déflorer ce qu'lsis voile encore ? Tenons-nous fermement à l'aveu tangible d'un étrange potentiel de cet élan vital, le Nisus, l'Impetus 3, tout ce qui peut souffler sur le bûcher humain. Étant ce qu'il était, soumis aux courants qui le régissaient, le système pileux de Denys Talon devait subir l'implacable impératif interne de gagner un certain nombre de centimètres en dix heures ; son système dentaire ne pouvait se dispenser de se gâter et de se décoller aux deux tiers, non dans un vain espace de temps mathématique fixe, mais conformément à la mesure de sa vie et de ses esprits. Ainsi des rides, ainsi du teint ! L'invisible chef d'orchestre accélérait la mesure de son bâton ; les esprits animaux centuplaient la rapidité de leur bal, et le quadragénaire cédait ainsi la place au vieillard, comme la concierge l'a fort bien vu quand elle a refusé de le reconnaître. Mais ça a été sans nulle intervention de cambriole, tout simplement parce qu'une certaine lampe qui avait de quoi brûler et flamber quarante ans devait se consumer en une demi-nuit. Cela peut changer les idées reçues, non les idées de M. Bergson, mon maître, que voilà ainsi remarquablement fortifiées et corroborées. » VI Telle fut, dans ses grandes lignes, la méditation de M. Wladimir. Il ne s'en tint point là. Esprit consciencieux, il tira de son imperméable un petit livre 4 paru la veille et dont il avait dévoré déjà plus des trois quarts. Un signet, page 219, marquait ces lignes concluantes, qui cochaient en rouge et de bleu une précieuse interviouve de M. Bergson 5 La considération de la durée pure me fut inspirée par mes études mathématiques, alors que je ne songeais nullement à me poser en métaphysicien. Elle se borna d'abord à une sorte d'étonnement devant la valeur assignée à la lettre t dans les équations de mécanique. Mais le temps mécanique, c'est celui de l'horloge. C'est celui de tous les jours… Donc, pas le temps d'un type aussi particulier que Denys Talon, remarqua M. Wladimir. » Il revint à son maître … Et si je réussis à démontrer qu'il n'est ce temps d'horloge qu'une dimension de l'espace, il nous faudra bien conclure que nous étalons sur un espace imaginaire notre temps intérieur, ou durée réelle, qui, lui, est indivisible et se situe absolument hors de l'espace… C'est bien cela. Hors de l'espace, répéta M. Wladimir. Hors du tour ou du demi-tour d'un cadran. Hors d'aucun espace visible. Ab-so-lu-ment intérieur. Le seul qui soit vrai ! L'espace bassement approximatif des horloges peut, cahin-caha, mesurer la lente mue habituelle de notre pauvre corps, son changement insensible “de tous les jours” d'après le cours observé des corps spatiaux qu'il est juste d'appeler irréels comme le soleil ou imaginaires comme la lune, mais cet espace-là ne mesure en rien les mues de l'humain, à plus forte raison d'un humain privilégié comme le client d'aujourd'hui. Pour dévorer cette jeune vie et la conduire à son degré de consomption ascétique et squelettique, le feu intérieur ne s'est pas contenté de prendre un bon galop, il a couvert avec des bottes de sept lieues ce que la vie coutumière aurait mis d'infinies années spatiales à parcourir. Tous les organismes ne sont pas aussi magnifiquement doués pour participer à l'incendie universel. Quelques-uns peuvent approcher celui-ci. Mais d'autres peuvent le passer. Après tout, pourquoi une simple demi-heure du même impetus du nisus bien accéléré ne ferait-il tomber en une pincée de cendres un Denys Talon mieux flambé. » Ainsi allait, allait le monologue du jeune policier, philosophe antimathématicien. Tout à l'enthousiasme de la contribution sans pareille qu'un fait-divers de son ressort et de son quartier apportait à la doctrine des doctrines, au maître des maîtres, il se reprochait encore la modestie et la prudence de son langage. Simple contribution, cela ? Non, une preuve par neuf ! Quelle douche pour les impertinents qu'il avait entendus, à la table de la Princesse, se permettre, jadis, objection ou contradiction ! Ce que le Maître avait pensé et démontré, l'humble disciple en apportait la confirmation par l'expérience, événement non négligeable en matière scientifique, ce bon et brave corps mort qui, par son poil et sa denture, est devenu tel que l'a dû méconnaître l'œil de sa propre femme de ménage et concierge très dévouée. Le regard de M, Wladimir flottant sur la couche funèbre, baignait aussi dans une douce mer de lait, comme il s'en manifeste dans les aurores de l'Esprit. VII Il n'y tint plus. Il expédia les menues formalités de son rite et, d'un pied léger, le manuscrit au bras, petit traité bergsonien en poche, il courut à perdre haleine jusqu'à la haute maison dont il s'était interdit l'accès, par un honorable mélange de tact et de respect humain. La Princesse était chez elle, et seule, de loisir, elle le reçut sur-le-champ. Il put tout raconter et recueillir les signes d'un sensible intérêt. Elle voulut connaître le texte de Denys Talon. Wladimir en fit l'entière lecture. La sage et spirituelle Française écoutait avec ce sourire des yeux qui n'eut pas son pareil. Quand il eut achevé par le cantique enthousiaste de sa bergsonite indurée, elle dit de sa voix jeune, où tintait un rire léger Vous êtes sûr de tout cela, mon bon ami ? » Il répondit, un peu gourmé C'est, Madame, que je ne vois pas où mettre la place d'un doute. — Moi, dit-elle, je douterais de Monsieur le concierge. Ces fonctionnaires sont un peu formalistes. Et quelle sainte frousse des responsabilités ! Dans l'immeuble, où tout doit être bien, alors tout l'est tout va bien ! Azor doit aboyer, il aboie, aboiera toujours… Ah ! je connais mon vieux Paname, ses concierges mâles compris ! J'aime mieux leurs femmes. Des reines ! Eux, de simples princes consorts. Le vôtre a eu le tort de ne pas écouter la sienne. Pour le chien, elle avait raison depuis quand ne sait-on plus faire taire le chien dans une mystification bien montée ? — Une mystification ! Madame ! — Disons supercherie… ou encore, comment dit-on ? une fumisterie. Un peu macabre, oui. Pendant que vous disiez de si belles choses, je pensais, comme la concierge, à une part possible des moyens de la cambriole !… — Quelle cambriole ? Où ? De qui ? Pour qui ? » Les beaux yeux semblaient répondre comme dans Gyp 6 Ben ! Bédame ! C'est votre affaire, à vous, messieurs de la Tour-Pointue ! » Lui, sans rien voir, poussait l'argument Et puis, le manuscrit ! Il est bien clair ! » Mais elle Il est trop clair, je m'en méfie aussi. Et puis, votre monsieur Talon, je l'ai un peu connu, je l'ai même reçu. Il était fort gentil. Nous nous entendions. Peut-être m'aura-t-il comprise, en tout bien tout honneur, dans la distribution de ses souvenirs. Mais personne n'aura aimé comme lui à jeter de la poudre aux yeux. Il se fût fait hacher pour un paradoxe de quatre sous. Ah ! le beau mythomane ! On ne lui ferait pas une grande injustice en supposant qu'il disparait pour reparaître. À moins qu'on ne le retrouve comme le pauvre Jean Orth 7, l'archiduc, dans quelque Patagonie, sur l'Orénoque ou l'Amazone ou bien chez des Papous, qui auront oublié de le manger, comme son pistolet de le tuer… Je suis tranquille. Il reviendra, ne sera-ce que pour respirer le succès du livre posthume. Car ce livre peut en avoir. Vous allez le porter tout de suite chez l'éditeur, n'est-ce pas, mon bon Wladimir ! — Mais, madame… — Ah ! à moins que Talon lui-même n'en ait chargé le concierge qui, sûrement, en a copie. Car il en sait long ! — Le concierge ? — Bien sûr, mon ami. C'est quelque nouveau truc de lancement en librairie. Nos gens de lettres sont capables de tout. » Wladimir, montrant ses connaissances, évoqua du Laurent Tailhade 8 Venez ici, Gens de lettre et de corde ! — Je retrouve mon Wladimir, s'écria la Princesse, heureuse. — Cependant, madame, vous avez bien ouï ce que Talon a écrit en toutes lettres, ses je me tue, ses ça y est. — Ce qui s'écrit ne peut pas toujours arriver. — Mais alors ! ce cadavre de remplacement ! Talon l'aurait introduit dans son appartement, mis dans son lit ? Où l'aurait-il trouvé ? — Mon bon Wladimir, un écrivain fréquente les amphithéâtres, les hôpitaux, la Morgue, les terrains vagues… Là ou ailleurs, si l'on y met le prix, croyez-vous difficile de trouver… comment dit mon neveu le carabin ?… de trouver un macchabée aussi frais que le vôtre ?… On aurait pu l'avoir plus frais ! Pesons les difficultés… avoir ce macchabée doit être plus facile que de faire dépenser dans une seule nuit, au même agonisant, quarante ans de combustible et des carburants vitaux. Quarante ans, Wladimir, combien cela fait-il de nuits ? — Près de quinze mille, madame la Pri

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  • dans un amphithéâtre y avait un macchabĂ©e